De Paris à Cahors

Carnet japonais, 1971 - 2013

J – 12, lancement de la traduction d’une partie du catalogue vers l’anglais afin d’exporter l’exposition vers les pays anglophones. J – 10, Arrivée à Cahors et début de la mise en place. L’équipe est déjà bien affairée.

Le soir, me revient le chemin parcouru depuis le lancement de ce projet. A Paris, en mars 2013, pour une exposition de mon père au musée de Cahors, mes frères et moi avions édité un petit carnet d’aquarelles et de gouaches, à très court tirage. Chacun dans sa branche : Bruno a écrit un texte, Benjamin a pris les photos à fin de reproduction, et moi j’éditais. Patrick Doan, typographe, s’est chargé de la maquette et c’est grâce à lui qu’on a trouvé un imprimeur numérique qui faisait de la piezzographie – imprimante numérique 12 couleurs, fabuleux. Les reproductions sortaient, aussi nettes que des lithos. Le musée de Cahors nous a aidé au financement de l’édition de ce Carnet japonais, et le conservateur Laurent Guillaut suivait cela de près. Un jour, on déjeune du côté de la rue de Rivoli, pas très loin de la rue du Renard. C’est à cette occasion, après avoir validé les planches, qu’il a dit :

« Qu’est-ce que je peux faire pour Breton ?
– Exposer le bureau. »
C’est en ces termes que le projet d’exposition a pris forme, et ma réponse est sortie sans que j’y pense, comme une évidence. Un musée est ancré dans la vie de la cité, dans la vie culturelle, il est réel. Tandis qu’un site internet, même bien implanté dans les réseaux de la Grande Toile mondiale, même relayé par le Livre des Visages et par les Gazouillis de quelques réseaux sociaux, ou sites pédagogiques, un tel site reste virtuel. Les textes et les objets représentés ne forment que signes et images. Le regard du visiteur n’en perçoit ni la profondeur ni l’épaisseur ni la dimension. L’information est là, on dispose de presque tout. Mais un site est comme un livre : on a beau avoir de belles illustrations, une mise en page élégante, il manque l’essentiel : la densité, le velouté, la matière.

Exposer le bureau signifiait aussi faire une V2, ou plutôt une V3 du site. Et depuis cette date, je n’ai cessé d’élaborer le nouveau site tout en montant l’expo qui ouvre le 20 septembre.
Le site André Breton rassemble les objets et les textes de l’ancienne collection André Breton désormais dispersée. Reconstruire un site à partir de cette dispersion, et non pas seulement à partir de la collection, consiste à donner accès, à aider à trouver. Se servir de la dispersion pour rendre au public des données éparses. Ce qui compte, c’est l’accès à la ressource iconographique, manuscrite ou livresque qui a formé André Breton ou que la poète a forgée.
1. Un site ressource : archiver les objets et les textes. Développer les mises à jour des notices en fonction des travaux des uns et des autres. Certains travaillent sur le collectionisme d’André Breton, d’autres sur les matériaux organiques dans l’art moderne, d’autres encore sur les Indiens Kwakwak, ou les portraits d’André Breton, d’autres sur l’avant-guerre, ou sur les influences de la philosophie politique sur le surréalisme, le sens de l’humour ou de l’intérêt des surréalistes pour l’érotisme…
2. Première tâche : indiquer les collections publiques où les visiteurs peuvent voir les objets. Aider les institutions publiques à rendre ces objets visibles par le public. Contribuer à ce que la ressource soit connue de tous : étudiants, chercheurs, enseignants, public – en ligne, comme en ville.
3. Deuxième tâche, faire en sorte que le site devienne pérenne, autrement dit que la collection ne soit pas volatile. La Bibliothèque nationale de France archive le site en profondeur deux fois par an. Toutes les mises à jour sont prises en compte. Toutes les images, tous les textes, toutes les métadonnées, tous les liens, bien entendu. Les archives sont conservées, à la libre disposition des chercheurs inscrits à la Bibiothèque nationale de France, en ligne.

Un partenariat avec le centre Pompidou permet de mettre en résonance les objets acquis de la collection André Breton par dation, dons ou achats. Les liens sur les deux sites Breton et Pompidou sont croisés : images et notices se confondent, se répondent. Ainsi les œuvres plastiques de l’ancienne collection Breton conservées par le Musée national d’Art moderne du centre Pompidou sont visibles à la fois sur le site Breton et sur le Centre Pompidou virtuel. Chacun des objets du Mur exposé dans la salle 22 sont décrits par les notices du site Breton, auxquelles on accède en cliquant sur une image en haute définition du Mur. Idem avec la bibliothèque Kandinsky qui marche main dans la main avec le site Breton.
Un autre partenariat, avec la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, permet de rendre accès à la fois à la notice rédigée : par le site d’archives Calames (en fonction de métadonnées EAD) et par le site André Breton. Le site Breton montre le fac-similé, donne une notice qui place le document dans le contexte de la collection d’André Breton tandis que Calames décrit le document en site de paléographie. De même que Calames, il indique la cote en sorte qu’il ne reste plus qu’à activer un lien pour commander le manuscrit et prendre rendez-vous à fins de consultation. Ce partenariat devrait un jour aboutir vers la numérisation des manuscrits conservés à la bibliothèque en TEI. Ces textes ne seront lisibles que dans l’enceinte de la bibliothèque et archivés en OAI-PMH.
Ces partenariats renforcent une conservation durable, voire un archivage pérenne, de données numériques extrêmement volatiles. Ils viennent contredire le fait que le web ne dure pas, puisque, malgré la dispersion, les ressources de la collection sont accessibles.

Mais ils doivent être solidement ancrés par une technologie qui correspond à leurs ambitions. ONIX est parfait pour les libraires et les éditeurs mais ne correspond pas tout à fait à une collection telle que celle que j’édite. Les métadonnées des pierres trouvées, des racines et des tableaux ne sont pas celles des livres. On a davantage besoin d’un numéro d’inventaire que d’un ISBN, la seule circulation des oeuvres vise à organiser des expositions et non pas le commerce des livres. On a donc besoin de standards d’ontlogies, ou plutôt de folksonomies, qui permettent de travailler aisément avec des musées (un standard), des bibliothèques (un autre standard), des archives (un standard encore différent) et des collections privées (pas de standard, quand il y a un site). Comme la collection est renommée, elle peut voyager, elle ne doit pas disparaître. Par conséquent, elle doit répondre aux normes OAI-PMH et les standards de ses métadonnées doivent correspondre à des normes internationales.

Formations, grâce à la liste [OP]Ontologies et Patrimoines, le groupe de travail HADOC dirigé par Katell Briatte, et les conseils de Michel Jacobson, de Gautier Poupeau. C’est Logilab qui est en train d’établir la V3 du site. L’idée consiste à ce que les métadonnées soient le plus compatibles possible avec à la fois des bibliothèques, des musées, des archives, et des collections privées. Patrick Doan s’occupe du graphisme, parce que la typo importe autant que l’image. Une place plus grande sera faite aux expositions, et l’exposition de Cahors est un des accès à la collection Breton offerts par le web. Le site sera accessible en béta-test, le jour du vernissage. Un texte d’Etienne-Alain Hubert et de Philippe Bernier, les éditeurs de Breton en pléiade, sera édité en ligne pour l’occasion.


About this entry