Retour du salon du livre de Paris, 2009

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Beaucoup de lecteurs cette année, dit-on. Peut-être. Pas de ministre de la Culture ni de Président pour l’inauguration, c’est rare. Pas de Google, ni d’imprimeurs, ni d’estampes. Pas de débordement notable, non plus. Une foire, assez vulgaire, représentée par les grands groupes et les régions, axée sur la communication davantage que sur la création, et la proposition de talents. En tout cas, c’est ce qu’on sentait à première vue. De plus près, que se passait-il? Pas de petit ou de micro-éditeur en mesure de s’offrir un stand tout seul. Pourquoi ? 3000 euros le stand de 4 m2, contre 4000 F voilà dix ans. Le ratio passe de 1 à 5…

Résultat, les services culturels régionaux proposent à certains éditeurs de disposer d’un coin de table, à leurs frais. Lorsqu’il y a un office du livre, un centre du livre et de la lecture, une agence du livre, etc., tout va bien. Mais si les régions ne poussent pas la création littéraire et scientifique, pas de stand, pas de représentation nationale, pas de contrat possible pour des cessions de droits, pas d’extension vers d’autres librairies, vers d’autres bibliothèques, de nouveaux lecteurs.

Si l’on regarde le plan du Salon, les grands carrés blancs étaient occupés par les grands groupes ou les régions, les rectangles par des éditeurs moyens qui s’en sortent pas mal (Viviane Hamy, Diable Vauvert), et par des relieurs d’art. La partie Lectures de demain était sponsorisée par Orange, tandis que les gamins d’aujourd’hui étaient tous chez SFR, à l’autre bout du salon, en train de lire des mangas sur téléphone portable, ou des jeux parascolaires sur DS chez Nintendo.

La tension entre les éditeurs de demain et d’aujourd’hui est d’ailleurs encore – toujours ? – palpable. Les groupes se forment, prêts à changer le fusil d’épaule le moment venu, mais pour l’instant, n’est-ce pas? nous sommes entre gens de bonne compagnie.

D’ailleurs les libraires de demain n’ont pas semblé se reconnaître dans l’accueillante librairie qui ouvre cet article. Si virtuelle que le panneau qui indiquait l’hypothétique présence de la librairie de demain a fini par disparaître (à la grande joie des amoureux, sans doute).

Ces libraires de demain, qui sont-ils? Des agrégateurs de flux, qui permettent à l’éditeur de vendre directement son fonds au lecteur connecté? Des libraires en ligne? Des distributeurs? Pas de territoire sur le Net, pas de frontière autre que linguistique. Il suffit aujourd’hui de se connecter pour lire. Gratis, ou pas, assis à son bureau ou debout dans le métro. La transversalité est une réalité, avec laquelle il va bien falloir compter. Qu’on le veuille ou non. Peut-être qu’on enlèvera alors quelques enseignes, en centre-ville. Seront-elles remplacées par des écrans plasma vantant le mérite de tel ou tel produit? Allez, les gars, encore un effort. Même à Brest, on peut le faire – même bd Saint-Germain.

Il y en a un qui a tout compris, c’est Bibliosurf. Pas de stock, pas d’enseigne, mais une vraie librairie. Un libraire qui a le sens du conseil et du lien social, qui pousse ses auteurs et ses bouquins en fonction de ses choix et de ce qu’il connaît de ses clients, et qui vend, sans loyer considérable, en plein Paris.

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Constance Krebs, 18 mars 2009.

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