Nathanaël Gobenceaux | &Rabelais

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Envoyé à La Devinière pour suivre un atelier d’écriture, je me suis retrouvé obligé d’écrire. Le site, sa configuration particulière, sa situation et ses bruits alentours (que l’on pourrait définir comme la situation sonore du lieu) se sont imposés à moi. Ce petit texte qui en a résulté vient augmenter mon projet d’AUTO-GÉO-GRAPHIE-S.

Le fond sonore est indiqué en italique : ce qui est calé à gauche est ce que j’entends sur ma gauche ; ce qui est écrit au milieu est ce que j’entends derrière moi ; ce qui est calé à droite est que j’entends sur ma droite… Tout cela est bien entendu relatif à ma position (qui varie) dans le site…


– I –
D’EST
(=> environnement)


… Ce qui revient à dire, vu l’orientation du site que : ce qui est calé à gauche sont les sons venant du sud ; ce qui est écrit au milieu sont les sons venant de l’est. Ce qui est calé à droite sont donc les sons venant du nord. Face à moi l’immensité de la campagne : pas de sons de ce côté là : vent d’est ce jour-là ?? Je n’ai pas fait attention à ce détail…

In situ, écrire. Les lieux sont faits de ce qui les entoure. Regarder donc vers l’horizon ce château-pièce montée qui m’attire (peut-être devrais-je aller le voir de plus près pour m’en défaire). Vouloir aussi le point de vue (il me disait, la semaine passée qu’on y voit Chinon, le château, la Vienne et aussi Cinais).

coups de fusils
enfants qui courent et crient

scie électrique

[Quelques semaines auparavant j’aurais écrit ex-nihilo, à partir de rien ; ou plutôt à partir de mon ignorance. Maintenant je peux en dire sur Rabelais vers 1090-1553, moine, médecin, prêtre, écrivain…]

encore un coup de feu

encore les enfants

la scie s’est arrêtée
remplacée par une mobylette

[…pétomane, rotomane, humaniste, admirateur d’Érasme…]

chiens

bruits de pas dans les gravillons

une porte de voiture claque

Vagues de vignes. Je refuse le café comme toujours. Je me dis l’abbaye de Seuilly. Qui m’appelle sur mon portable ? Arbres nus. Semblant de printemps.


– II –
D’OUEST
(=> intérieur-jour dans la chambre de François Rabelais)


… Retournement de situation (au sens propre puisque me voici orienté vers l’ouest)…

Encore plus in situ (puisque dans la chambre de Rabelais), continuer d’écrire.

[Rabelais serait né ici, dans la maison des champs comme on disait à l’époque. Il ne fallait pas naître dans la ville infestée alors on précipitait la femme enceinte dans une charrette vers la campagne. « Certaine gayeté d’esprit conficte en mépris des choses fortuites. O bouteille pleine toute de mystères ! Trinket… Beuvez ! » est écrit sur les murs.]

La chaise près de l’âtre froid est trop basse, mes fesses toujours gelées : bigre de muret !

Venant de l’extérieur


Bruits sourds
Chiens qui se répondent

Il me disait un chat agressif s’attaquait systématiquement aux chiens des visiteurs, un vrai problème !

Un silence presque complet est revenu

Reste le bourdonnement continu d’une
installation électrique dans la pièce

[Je savais que Balzac s’était inspiré de Rabelais pour écrire ses ‘Contes drolatiques’ (qui valut une joute Rabelaisienne entre Sand & Balzac l’une traitant l’autre de « Gros cochon », l’autre traitant l’une (qui ne voulait pas l’écouter) de « prude »). Il m’a précisé la semaine passée qu’une partie du cinquième livre s’appelait ‘Songes drolatiques’. D’où le titre de Balzac l’admirateur.]


– III –
DE SUD
(=> (d)écrire)


… 3e position, plus complexe puisque le buste orienté vers l’est et la tête tournée vers le sud …

Encore une fois j’écris un lieu, j(e d)écris ce que je vois, mais peu d’émotion dans tout cela… tiens des tuiles romaines en ple(a)ine Touraine… par cette fenêtre je relève trois types différents de tuiles : les romaines donc, sur le pigeonnier (plus il y a de trous à pigeon m’a-t-elle expliqué un jour, plus le propriétaire est censé avoir d’arpents de terre, mais certains trichaient parfois histoire d’arranger un bon mariage) ; des tuiles plates en terre cuite sur la maison du vigneron ; des plates en ardoises sur les autres bâtiments ; et au dessus de la chambre ? Curieux assemblage en tout cas ! La fumée d’un feu au loin, vers La Roche-Clermault.

À l’extérieur


Une porte grince

[Rabelais commença par la fiction avec le Pantagruel. Puis une fois son style affirmé et censuré, il mit un peu de sa vie dans son deuxième livre, le Gargantua. J’ai un doute chronologique dans les œuvres de Rabelais, je demande quelques précisions à l’accueil.]

Je me dis que je ne fictionne pas, pas assez en tout cas. Peut-être pourrais-je apporter des choses différentes en changeant de genre littéraire. À moins que ce soit la faute à peu d’imagination, ou à la géo-graphie. Et puis merde à l’imagination, et merde à la géo-graphie puisque mon propos n’est pas de faire de la fiction émotive.

Une oie

Un chien dans le lointain

Une voiture

Des pas dans les gravillons

Un nuage devant le soleil, un léger vent, il est 12h15.

© Nathanaël Gobenceaux, février 2009.
Avec l’aimable autorisation de l’abbaye de Seuilly.

Partie d’un triptyque, « Sand, Balzac, &Rabelais », sans Auto-géo-grahie(s). « Sand » à lire dans Remue, ainsi que d’autres textes de Nathanaël Gobenceaux.


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