Thibault de Vivies | L’était une fois dans l’Ouest, 1-1-4

Le livre, c’est celui d’un monde au bord. Les personnages pourraient être paysans, ouvriers ou simplement déclassés. Ils habitent entre ville et bois. Les enfants semblent loin. Sont-ils prodigues? perdus à jamais? ou l’un là encore, mais pour combien de temps? Soudain, un homme surgit dans leur vie fanée. Sa présence déstructure le reste de dialogue, malgré toute la tendresse du couple.

Le ton, c’est celui d’une voix singulière, celle de Vivies. Les autres voix sont celles des personnages, pour qui la seule intrigue n’a pas grand sens. Il s’agit de vivre, bon sang! Et de ne pas avoir froid. Dialogue enchevêtré dans un apparent monologue, on dirait un théâtre musical, une pièce où l’on ne verrait pas les personnages, mais on les entendrait. Où les voix se fonderaient l’une vers l’autre, comme on voit des fondus enchaînés au cinéma. Symphonie du couple, au bord du monde, mais dans sa vie.

Episode précédent, ici

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Saison 1 [l’hiver]
orage-dans-la-ville1

1er épisode [jour de repos]

Séquence 4
Il revient sans rien dans les bras même pas deux trois bûches non il n’a pas trouvé de bois l’homme et il enlève son manteau, il se frotte un instant contre le dossier du sofa en peau de daim et comme il a froid aux mains il s’approche du poêle pour les réchauffer et éviter les gelures malgré les gants protecteurs y a bien la brise hivernale qui passe au travers, petits moments d’une vie ordinaire dans la demeure au fond des bois… Propose-moi une tisane ma chérie et je souris pour le petit moment complice comme je les aime entre elle et moi elle sait bien de quelle tisane je veux parler la réconfortante dans le pot blanc au-dessus de l’évier, j’ai tout fait pour que les dernières chaleurs qui s’échappent du poêle soient pour dégeler mes mains alors y a pas à les perdre si on veut retomber sur nos pattes… À présent plus du tout de bois pour le poêle ça crée l’événement à coup sûr il leur a été volé c’est que les réserves nécessaires avaient été faites pour l’hiver et c’est à n’y rien comprendre alors comment faire à présent c’est la question qui se pose et combien donc de temps va-t-il tenir le couple sans bois pour relancer la chaleur de son poêle ? On se colle l’un à l’autre pour que les corps se réchauffent et que les pensées communiquent, résoudre le problème en temps et en heure messieurs dames.
Il espère le couple qu’on viendra à son secours que quelqu’un aura la bonne idée de passer là du bois plein les poches et pour ça le couple attendra le temps qu’il faudra c’est que suffisamment de chaleur emmagasinée dans la demeure pour tenir peut-être jusqu’au soir et même plus espérons alors attendons que la température diminue franchement pour se munir de couvertures mon chéri… Un bûcheron ce que j’attends dans la maison sans l’avouer à mon homme un bûcheron qui viendrait me faire l’amour comme jamais et en plus si ça se trouve il aurait du bois dans la sacoche l’homme providentiel, il faut bien provoquer la chance si on veut qu’elle nous sourie et qu’elle frappe à la porte et j’en touche tout de même deux mots à mon mari… Pas la saison pour le bûcheron il lui répond à elle ça non pas la saison c’est que le bûcheron n’aime pas le froid et en hiver il hiberne, il se laisse alors pousser les poils pour ne pas avoir froid et passer un certain nombre de nuits tranquilles parce qu’après tout il ne faut pas se geler les fesses ce serait bien dommage par les temps qui courent.
Il sait qu’elle pense malgré tout qu’il viendra son bûcheron malgré le froid et le vent qui souffle et qui emporte tout sur son passage le vent alors il la prendra dans ses bras le bûcheron la femme dans le couple et ce sera un petit moment de tendresse comme elle les aime et lui, il aura enlevé ses vêtements très vite mais elle elle n’aura pas enlevé sa robe tout de suite parce que c’est-plus-excitant-avec-la-robe-on-dit-ou-peut-être-elle-n’aura-pas-eu-le-temps-mais-ce-ne-sera-pas-si-grave-parce-qu’elle-s’en-moquera-bien-d’être-complètement-nue-ou-pas-parce-que-ce-qui-comptera-ce-sera-à-ce-moment-là-ce-sera-de-s’envoyer-en-l’air… Les pensées qui s’affolent quand tous les deux on est bien collé l’un à l’autre au moment où ça frappe à nouveau à la porte et qui peut bien venir nous déranger à nouveau ou bien c’est un ange tombé du ciel qui vient à notre secours allez ouvre vite l’homme et sers dans tes bras la providence qui se présente en cette toute fin de journée on allait déjà passer dans la chambre en ayant mangé si peu en espérant que la nuit ne soit pas trop froide.
C’est bien à nouveau l’inconnu qui entre le même que ce matin avec la même bonhomie mais cette fois-ci la panoplie du parfait bûcheron et il dépose une ou deux bûches devant le poêle et il ose me sourire en s’approchant de moi et il me prend dans ses bras et mon homme à deux pas ne réagit pas, laisse faire mon homme c’est une affaire qui ne prendra pas plus d’une minute… Ils exécutent une très courte danse elle et son bûcheron puis il baisse son pantalon et son slip et sans qu’elle se soit déshabillée il fait comme s’il venait en elle avec aucun mot aucun son pas la moindre sensation de bien-être ni d’un côté ni de l’autre on dit la mécanique des corps qui se réchauffent puis il se rhabille notre bûcheron providentiel et sort, il est passé le bûcheron il a fait ce qu’il avait à faire et c’est mieux ainsi alors on va pouvoir remettre du bois dans le poêle pour retrouver la chaleur nécessaire pour que la nuit se présente au mieux, le problème fut résolu en temps et en heures et maintenant chacun a repris sa place elle sur le côté droit de la paillasse lui sur le côté gauche… Fais-moi le bisou de la nuit bonne nuit mon petit chéri les fantasmes entre parenthèses et demain est un autre jour avec un couple autour d’un poêle alimenté par l’opération du Saint Esprit qui passait dans les parages Dieu merci au bon moment, un couple dans le confort précaire mais prêt pour de nouvelles aventures.

© Thibault de Vivies, 2008.
La Persévérance du Crabe, 2009.


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