Nouvel an, neuf

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An neuf… Pour de nouvelles formes de publication, d’édition devrais-je dire. On l’espère… Ce qui change, jour après jour, ce sont les pratiques. Les modes de travail, la façon.

L’éditeur ne se contente plus de lire et relire pour éditer et rendre public; il écrit, il lie et relie. Le libraire ne se contente plus de lire et de recevoir pour vendre; il écrit, il relie. L’auteur ne se contente plus de travailler en silence, seul à sa table; il montre son atelier, ses recherches en cours. Cela n’empêche ni la rigueur, ni la vitalité, ni le commerce, ni l’échange de dons – bien au contraire.

Les pensées ont circulé plus vite dès lors que l’imprimerie fut possible – quinze jours entre un texte qu’Erasme publie en Hollande, à Utrecht, et la réponse de Calvin depuis Fribourg. Les informations circulent plus vite sur la Toile. L’amateur renaît grâce à l’hypertechnologie. Le capitalisme fissuré qui, sous la forme qu’on lui connaît, s’écroule, peut désormais évoluer vers une dimension plus libre, plus humaine. Le monde change, et c’est tant mieux.

Pendant les dernières semaines, pas d’ordinateur. Pourtant le travail a continué : depuis un cybercafé, un ordinateur d’amis, je pouvais retrouver mes diapos sur Slide share, ainsi qu’une documentation qui a nourri ma sélection, ma revue de presse sur mon agrégateur Netvibes, écrire les billets de ce blog, administrer mon réseau LinkedIn, FaceBook, et poster quelques mails et commentaires. Pour les lectures, un oeil attentif sur le livrel suffit, même pour les PDF et les fichiers Open Office qui y sont enregistrés (du coup, pas de fatigue oculaire). J’ai perçu à qul point déjà j’avais migré. Non pas que je sois particulièrement mutante. Tous, on migre peu à peu vers une dimension sans stock. Un monde qui n’a ni placard, ni armoire, ni tiroir, ni entrepôt, ni transport routier. Où sa mémoire, toute la mémoire du monde, circule toujours, partout, où qu’on soit.

L’éditeur pour entrer dans cette dimension-là doit se mettre à écrire régulièrement. C’est le cas de Michel Valensi aux Editions de l’Eclat, de François Bon pour les éditions Publie.net, de CLEO sous la houlette de Marin Dacos et du blog LEO, bientôt bien vite vitaminé par les carnets des Hypothèses, etc.

L’auteur, qu’il soit artiste ou chercheur (métiers très proches), peut faire entrer le monde dans son atelier, son laboratoire, son bureau. Il est seul, mais plus comme avant. Il partage enfin ses connaissances, ses idées, ses textes avec d’autres, qu’ils soient pairs ou amis, admirateurs ou lecteurs. Un blog suffit à cela. C’est si simple à installer et à mettre en oeuvre que la première fois, on n’écrit rien, ou pas grand-chose – déstabilisé par ce vertige soudain qui prend.

Le libraire doit aujourd’hui faire connaître sa librairie sur les sites de localisation, les géoportails de Google ou de l’IGN s’il veut que le client vienne à lui. Rien ne l’empêche non plus de passer 20 mn par jour à animer un blog. Tant de livres entrent en son magasin. Il suffit d’entrer la fiche livre (à copier-coller sur le site de l’éditeur), d’écrire une critique de quelques lignes, et le monde feuillète tous les livres. A sa guise, à son rythme. Quand il vient c’est pour acheter et parler.

Ce partage est neuf. C’est une économie du don. On donne du temps pour recevoir en contre-don : des amis, des clients, des lecteurs, des affinités avec tel ou tel chercheur, auteur… Et développer. Expérience : sur Slide Share, j’ai mis en ligne deux types de diapos, le même jour, sur un sujet identique vu à un an d’intervalle. Une avec de nombreux liens, moins travaillée qu’une autre, sans lien ou presque. La diapo qui contient le plus de liens a été lue 1533 fois en trois semaines, 201 sites l’ont chargée sur leurs pages. Celle qui contient le moins de liens a été lue 174 fois et elle n’a pas été chargée. Pourtant elle est mieux structurée. Mais moins claire. Elle a été conçue pour une présentation orale. Il faudra la reprendre pour une présentation en ligne. L’adapter, avec des liens…

Pour le livre et ce qu’on y trouve, c’est la même chose. Partage, économie du don, et écriture.
Pour un monde neuf.

Bonne année!

Constance Krebs, 6 janvier 2009.


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