Change, a chance.

(c) Constance Krebs, 2008.

(c) Constance Krebs, 2008.

A Toulouse, deux conférences le même jour. Des questions comme s’il en pleuvait. Un marathon. Heureusement, Philippe Berthaut fait le Monsieur Loyal avec générosité. Le public peut s’exprimer, et donne le ton. L’intérêt pour le numérique se réveille bel et bien, avec ses inquiétudes et ses réticences, mais avec force. C’est cela qui compte. Nous y sommes.

Le surlendemain, à l’ouverture du Motif, un éditeur qui travaille depuis longtemps sur le sujet me lance : « Dix ans qu’on rame, Constance. Mais maintenant, ça y est. L’XML est natif. Même fichier pour tous formats. On y arrive. Les imprimeurs font un boulot formidable. C’est chouette, non ? »

Oui, c’est chouette. Le texte est enfin édité, au sens fort, de sorte à être lu sur tous supports. Pour une diffusion adaptée à tous, les chercheurs, les lecteurs. Pour que le texte demeure dans un monde qui change. Ce monde qui change sous nos yeux, quel est-il?

Un discours prononcé mardi à Stokholm est diffusé mercredi en podcast par France Culture, le même jour en version écrite pour livrel par Publie.net. On l’a écouté en ligne, on l’a chargé depuis le net sur son livrel – gratuitement et immédiatement. Mise en page parfaitement au point sur Publie au bout d’un an de travail acharné. Bravo. Lire le texte après en avoir entendu la voix est comme une empreinte dans une nouvelle forme de diffusion. Diffus, libres, les textes de Le Clézio s’agrippent à l’homme pour qu’il demeure – nourri et élevé. Récompensée par un prix au retentissement mondial, son oeuvre donne voix à des romans sans frontières, elle pousse à une culture mondiale, au voyage permanent, dans les textes. Logique diffusion pour un texte ouvert sur le monde et sur l’homme. Logique liberté pour un auteur à ce point mouvant.

Je ne vous ai pas écrit depuis quelques semaines, happées par ma recherche d’emploi, par ma recherche de formations nécessaires à mes projets. J’ai toujours l’oeil aux aguets sur le Net, sur l’écrit, sur le code. Mais les préoccupations quotidiennes de ces temps-ci donnent quelques remarques.

Un ami prof d’arts plastiques au lycée me répète à quel point sa façon d’enseigner a changé depuis trois ans, lorsqu’il a découvert les outils du Net et qu’il s’en est saisi. A bras le corps et à 55 ans passés. Plus de diapos à trimballer, à classer perpétuellement, d’icono à modifier : toute l’histoire de l’art est là, disponible en trois clics si le cours est bien préparé. Six heures gagnées par an, environ. Auparavant perdues dans les fils, les couloirs, les agaceries.

Jean-Marie Blanc, consultant de choc à l’Apec, me dit à quel point son job a changé depuis que le site existe. Il blogue. Quotidiennement, il écrit. Et les jeunes diplômés peuvent en toute connexion connaître les arcanes de la recherche d’emploi. Comment l’Apec elle-même liée à LinkedIn, se constitue aujourd’hui, grâce à Jean Szelerski, en réseaux sociaux. Le boulot des consultants est de lancer des ponts entre les différents réseaux, les chômeurs et les entreprises, mais aussi entre un secteur et un autre. Le boulot du chômeur est d’écrire des CV et de décrocher des rendez-vous. Pas simple quand on ne connaît personne. Quand on n’a que sa petite lettre de motivation pour convaincre. Pas facile de changer de secteur professionnel si on en éprouve l’envie ou le besoin. Plus aisé de passer un entretien avec Tartampion, directeur du service qui intéresse le chômeur, si Untel, que le chômeur connaît pour avoir travaillé avec lui, si Untel connaît Tartampion. Untel peut recommander le chômeur à Tartampion, ou faire en sorte qu’ils prennent langue. LinkedIn permet cela en deux clics et un mail. Chaque annonce de l’Apec est liée au réseau LinkedIn que l’on a constitué et montre d’emblée avec qui le chômeur peut entrer en contact. Combien de démarches évitées par le chômeur?

Une liste de rédaction me propose un lien vers une vidéo qui analyse la nouveauté des comportements d’écriture qu’induit la machine. C’est Michael Wesch, anthropologue à Kansas University, qui décripte les usages du Net, et qui les utilise. J’y reviendrai. J’ai appris l’existence de cette vidéo par la Toile. Je l’ai immédiatement mise sur mon mur FaceBook, avec d’autres. Sophie Saint-Marc, du Syndicat de la Librairie française, l’a commentée rapidement. Que remarque-t-on? Que le comportement de tous se modifie, que l’organisation des connaissances se transforme, sans un bruit. Que ce marcheur infatigable qu’on appelle l’informatique prend des visages et des formes multiples, mouvantes, nous entraînant dans son sillage. A notre tour de tracer d’autres sillages, avec les mêmes outils. Sur ces routes, les professionnels des textes et des arts se doivent de poser des balises, indiquant le chemin. Que cette révolution mondiale soit une évolution, irrémédiable, âpre parfois comme une sente de montagne, mais qui allège comme un voyage.

ck, 11 décembre 2008.


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