méli mélo de rentrée


C’est la rentrée. Malgré les livres prêtés par l’Education nationale, il faut acheter deux cahiers d’exercices complémentaires au livre de classe. Par soutien, parce qu’il n’y a que quelques pas à faire, je choisis de me rendre chez mon cher libraire.

Chez le libraire du quartier, une seule réponse: « On ne fait pas de livres scolaires. » Par manque de place, par sélection de clientèle, ou par choix, simplement – ce qui montrerait que la librairie, en ville, ne se porte pas si mal. Pourtant « faire du livre scolaire » consisterait à amener une large partie de la population à approcher des livres. Les amènerait sans doute à en feuilleter un par curiosité. Les inciterait sûrement à pousser la porte, souvent intimidante, d’une librairie qu’on croit élitiste – qui l’est peut-être un peu d’ailleurs. J’y ai passé 20 minutes, mais c’est parce que j’avais envie de bavarder avec mon libraire, que j’apprécie, des livres de cette rentrée, de ses projets sur le Net, de son énergie à vendre ce qu’il aime.

Toujours selon un principe de base qui consiste à privilégier le commerce de proximité plutôt que les géants de la distribution, à prix égal, je me rends à la maison de la presse le lendemain à 9 heures. Là, sur commande, un cahier peut être servi, mais pas l’autre. Je passe donc la commande, promets de revenir la semaine suivante. Dix minutes.

Et je file chez Gibert. Une demi-heure de transports. Une demi-heure de queue malgré un service d’ordre parfaitement visible (tee-shirts jaunes) et organisé « premier sous-sol, troisième couloir à gauche, puis au fond à droite, vous demandez à la vendeuse », puis enfin, une vendeuse. Je tends la feuille, un peu fripée, sur laquelle sont notées les références du cahier. La vendeuse me tend le livre correspondant. « Ah, non, souffle-t-elle, le cahier, nous ne l’avons plus. Désolée. » Je balbutie. La file derrière moi s’est encore allongée. Au suivant. J’oublie de commander le cahier… Une heure.

Départ pour la Fnac. Transports, escalators et corridors: une demi-heure. Personne dans les rayons, ni clients, ni vendeurs. Enfin, un bonhomme au gilet caractéristique se présente derrière un guichet informatisé. Je présente la feuille de plus en plus fripée. Il disparaît. Tout à fait.
Cinq minutes plus tard apparaît une vendeuse un peu plus âgée, portant le même gilet de cette couleur indéfinissable que l’on ne voit qu’à la Fnac. Je lui tends la feuille. Elle tapote sur l’ordi. « Nous ne faisons pas cet éditeur. » C’est sans appel. Je rentre. Un oeil sur la pendule de la cuisine en arrivant. Il est 11h30.

Pour avoir voulu privilégié la libraire, parce que, tout de même, on n’écrit pas pour Mélico par hasard, on ne signe pas les pétitions pour le prix unique et le tarif postal simplement pour rigoler, on est sur le Net mais avec des responsabilités, quoi, eh bien j’aurais perdu 2 heures et demie.

Je file dans mon bureau, j’allume l’ordi, je saisis les références sur Glouglou, toujours pour privilégier Place des libraires, Decitre ou Lekti par exemple plutôt qu’Amazon, et… Je tombe sur le site de la Fnac. Question de requête, en fait. Mais je finis par commander sur Amazon, parce que Decitre est à Lyon et que je suis à Paris, que j’ai un vieux réflexe de proximité, et que, le plus proche, aujourd’hui, c’est bien souvent Amazon. Et ça m’énerve. Dix minutes de tapotage, dix jours d’attente, et le cahier arrivera à la maison, dans la boîte aux lettres, franco de port…

Constance Krebs, 11 septembre 08.


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