Edition, principe 4

lecture.jpg
Le point de départ de l’édition d’un texte, c’est sa lecture. Ses lectures.

La première est celle du manuscrit, qu’on lit, relit, annote, commente en bonne intelligence avec l’auteur. C’est tout le sens du mot éditer, qui doit se compléter avec le terme publier. L’éditeur est celui qui met en valeur un texte afin de le donner au public. Le texte est écrit. À lui de le faire lire. Dans le meilleur des cas, le public le reconnaît comme un lecteur qui lui ressemble – et le suit. Dans le pire des cas, le public ne suit pas – l’éditeur se retrouve alors seul face à ses invendus, et ses retours. Dans le cas de l’édition en ligne, c’est évidemment un peu différent puisqu’il n’est pas question de retours – quant aux invendus, ils ne génèrent pas de stocks coûteux.

La deuxième est celle du manuscrit encore, mais un manuscrit prêt – ou quasi. Celui-là, on le prépare, c’est-à-dire qu’on organise sa mise en page, on corrige les coquilles et les bourdons qui sautent aux yeux, on enlève les répétitions, on donne aux titres, intertitres, paragraphes, leur place et leur visage. Sur papier (enfin l’édition d’un livre imprimé est aujourd’hui confiée aux logiciels de traitement de texte pour donner des PDF que l’imprimeur détient et duplique sur ses machines), sur papier on prépare, on relit, on corrige, on relit, on signe le bon à tirer. Bien souvent cette chaîne éditoriale se déroule à l’écran, avec envoi du fichier par mail, et signature du BàT par mail également – Acrobat a d’ailleurs prévu une fonction de « signature » du fichier PDF avant impression.

À partir de cette signature, le livre et sa couverture sont rassemblés, brochés ou reliés, collés ou cousus. Ils sont envoyés depuis l’imprimerie chez le transporteur (et un petit nombre chez l’éditeur pour le service de presse et les archives), qui les envoie chez le distributeur, qui les fait diffuser chez le libraire. Qui les vend. Du mieux possible, avant que ses étagères et ses tables se remplissent d’un autre « titre » plus alléchant. (NB. Avez-vous remarqué qu’en librairie et dans les maisons d’édition le livre est devenu tellement vite obsolète qu’on ne parle plus que de titres? Derrière ce terme réducteur se cachent pourtant bien souvent deux ans de gestation et d’écriture, six mois d’édition… et un mois de présence en libraire.)

Mais pour le livre numérique? Eh bien, on commence par éditer le texte, bien sûr, selon les mêmes aller-retour que dans la chaîne graphique traditionnelle. Puis on le structure. Troisième sorte de lecture, grammaticale, celle-ci. Générative. Comme une lecture à voix haute, elle donne sens au texte. Pour ça, pas besoin de savoir si c’est l’oeuf ou la poule, suffit de se colleter à XML. Et basta cosi. Une fois qu’on a pigé le sens des tags et leurs abréviations cabalistiques, c’est assez amusant. Pas besoin de transporteur ni de distributeur (quoique), mais d’un site, et d’un bon réseau. Pas besoin de stocks. Les livres virtualisés ne sont plus seulement considérés comme des titres, mais comme des textes à qui on laisse le temps nécessaire pour qu’ils soient lus par leur public, et relus. Le temps de constituer un fonds, peut-être.

Constance Krebs, 26 mars 2008.


About this entry