Edition, principe 1

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L’édition en ligne a besoin d’un plus. Elle a des informaticiens, des webmestres, des stagiaires, des belles machines. Mais il lui manque l’essentiel, ce qui met en valeur tout l’intérêt du livre à ce jour. L’édition en ligne a besoin d’éditeurs capables d’adapter les textes aux supports numériques (XML doit être bien structuré, d’accord, mais c’est quoi une DTD, un Docbook corrects?), comme on adapte les livres au support de l’écran pour en faire des films.

Il ne s’agit pas de faire des films, ni d’interpréter un texte comme le fait trop souvent le cinéma. Un éditeur est un lecteur. Point. Le texte demeure au coeur de ce que nous n’osons plus nommer un livre. Il s’agit plutôt de mettre en valeur la structure des textes pour en proposer une lecture zapping. De proposer une lecture en fonction de la richesse du texte, de ce que propose d’emblée sa structure, son plan, son rythme. Pas de vulgarisation marketing non plus. Juste une lecture de notre temps. Une lecture adaptée à nos emplois du temps fractionnés en tâches multiples, en transports interminables et divers, en plages de loisirs de plus en plus courtes.

On prendrait son reader, son bouquineur ou sa liseuse, on l’allumerait, on lirait une page, deux ou trois, puis on serait arrivés (ou interrompus). Alors, on éteindrait, mais la lecture qui découlerait de cette édition-là ne serait pas fractionnée comme dans un roman, toujours trop long pour nous autres gens pressés. On la reprendrait et on saurait on en est.

Elle peut reprendre sans que le lecteur ait à revenir en arrière. La fin du texte, située très vite après son début, permet de passer d’un passage à un autre du roman sans que le sens en soit modifié, sans que le lecteur se sente perdu, sans que le bouquineur passe pour un objet plat et sans intérêt.

Ce principe rendrait au texte l’épaisseur qui lui manque quand on le lit à l’écran. Tout en s’adaptant aux modes de vie dont nous nous accommodons.

Sur la photo, prise au début de 2007, on voit une page qui n’est pas découpée au bon endroit, par exemple. La tourne, comme on dit en « fab », se trouve à la moitié de la page affichée, entre les crédits d’édition et le nom d’auteur sur la page de titre. Faut-il proposer une lecture en rouleau comme on le fait aujourd’hui spontanément sur le Net? Faut-il éditer un livre en ligne comme on édite un texte pour le codex?

A l’inverse, l’édition Fayard de Tumulte a-t-elle pris en compte la totalité de ce qui faisait l’intérêt de ce roman en ligne? Les photos, les citations ou plus exactement le dictionnaire pouvait être édités sur du papier – il suffisait de faire les demandes requises aux éditeurs concernés et aux ayants droit, boulot d’édition classique, fastidieux, mais possible.

Par exemple, ici, sur ce blog, je ne vois rien qui me permette d’accentuer les caps, de lier les lettres ligaturées (Berlol en a bien parlé quelque part, mais je ne suis plus sûre que ce soit lui), bref de faire tout le travail de prépa que j’apprécie. Je passe outre pour avancer et parce qu’ici, ce n’est rien d’autre qu’un état de choses en cours.

Eh bien si jamais ce qu’il restera de ces textes voit le jour sous une autre forme, il est évident que je chercherai à donner à la typographie son usage – qui m’est cher. Quel que soit le support. Et en fonction de lui seul, même s’il est multiple (écran, papier électronique, papier).

Constance Krebs, 1er mars 2008.


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