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		<title>Qualité des lectures, une interface auteur-lecteur</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Jun 2010 16:19:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ck</dc:creator>
				<category><![CDATA[écriture en ligne]]></category>
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		<description><![CDATA[Mise en perspective de la valeur du texte par rapport à la valeur du support. Le numérique peut-il donner de la valeur à l’auteur? Intervention du 6 mai 2010 à Orléans, à l’invitation du CRL Livre au Centre. Relecture-réécriture de l’intervention du 30 avril 2010 au colloque de Sens public &#8211; INHA sur le numérique [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=672&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2010/06/peche-en-riziere11.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2010/06/peche-en-riziere11.jpg?w=300&#038;h=95" alt="" title="Pêche en rizière1" width="300" height="95" class="alignnone size-medium wp-image-676" /></a></p>
<p><em>Mise en perspective de la valeur du texte par rapport à la valeur du support. Le numérique peut-il donner de la valeur à l’auteur? Intervention du 6 mai 2010 à Orléans, à l’invitation du CRL Livre au Centre. Relecture-réécriture de l’intervention du 30 avril 2010 au colloque de Sens public &#8211; INHA sur <a href="http://www.sens-public.org/spip.php?article734">le numérique éditorial et sa gouvernance</a>. Ces présentations sont orales, en voici donc les grandes lignes.</em></p>
<p>Je voudrais vous raconter une histoire. En prologue. Ce que fut pour moi, la découverte de Faulkner, à Rome. Villa Médicis, hiver 1984-1985 avec la famille. Dernières vacances d’enfants avec leur parent &#8212; les avant-dernières avaient lieu dix ans avant, sous la tente. Un ami, sculpteur, nous avait prêté sa chambre, une loggia avec fenêtre qui surplombait la ville, tandis qu’il campait dans son atelier. Au pied du lit, un pléiade, laissé là et dont j’ai lu des passages, le soir, dans l’effarement et l’avidité.</p>
<p>La beauté sans apprêt, la grogne, le côté infréquentable, la violence tendue : Faulkner, c’était Rome, telle que nous la faisait découvrir notre ami. Allers et retours entre la lecture de Sanctuaire, du Bruit et la Fureur, de Tandis que j’agonise et les rues de la ville. Déambulations interminables dans les rues sombres et froides jusqu’à une église, un palace, un bloc de marbre – et c’est Michel Ange, qu’il faut découvrir à l’aveugle. Le choc de ce corps froid. Il neige, il est en marbre. Choc de lecture lié à Rome et à la Villa, contraste du texte, des petites rues sombres dans cet hiver blanc, avec les fontaines et les statues, contrastes dans le jardin aux allées sombres qui débouchaient sur des marbres clair, les pins parasols qui s’élevaient à contre-jour dans le ciel pur. Le berger qui traverse la Via Appia avec ses moutons au coucher du soleil, ignorant les tombeaux. La crasse et la beauté, l’une faisant ressortir l’autre en apothéose. La pauvreté et sa dureté plus forte encore parce que mêlée à tant de faste. Faulkner devenait cristallin, comme l’albâtre. Il sonnait dur, éclairé par une lumière crue. En mineur, avec une espèce de basse continue au présent qui le maintenait dans le majeur pour ne pas s’écraser de douleur. Dans le froid de l’hiver, à lire, on a chaud. On tient, on y va, on continue. Et il est 2, 3 heures du matin. Tout dort. À 7 heures, le soleil éclaire la ville en contrebas, la lumière n’est plus la même : celle-ci brille. Avec faste, en plus. </p>
<p>Depuis, n’ai jamais pu relire Faulkner sans être tordue de douleur, et happée. Faulkner reste Rome, et Rome c’est Faulkner. Je ne prétends pas partager ça avec grand-monde. Lecture très subjective, faussée par l’âge, le lieu, la saison, le moment. Dans mon carnet de cet hiver-là, un croquis d’après la photo qui ornait la couverture du livre. Rien de Rome à proprement parlé. Pour moi, peu de livres ont autant de valeur que celui-ci, à cause de la lecture que j’en ai faite. Je ne l’ai jamais acheté ni possédé. Je ne sais même pas à qui il appartient, n’ayant jamais parlé de cette lecture avec Frédéric Bleuet, qui nous recevait. </p>
<p>Ce livre n’a donc pas valeur marchande, mais il détient une forte valeur symbolique, liée au moment (les vacances, ultimes, de l’enfance l’année du bac), le lieu (Rome, la villa Médicis, cette vue extraordinaire qu’on avait depuis la chambre sur la ville), la personne qui nous recevait (un colosse d’argile), les balades infinies dans la nuit avant le dîner. Une lecture biaisée. </p>
<p>Depuis cette date, le livre a pris d’autres sens. Il se transforme. Il devient livrel, tablette, site ou blog. Il mue, mais demeure. Certains s’interrogent sur son avenir. D’autres n’en doutent pas, et foncent.<br />
On a senti longtemps des mécanismes de peur, des jeux de pouvoirs afin de sauvegarder un métier. On a senti que d’aucuns s’accrochaient à des certitudes, tandis que d’autres, ceux qui avancent, tentaient de définir le livre, l’auteur, le lecteur. </p>
<p>Le temps passe, on parle de prix unique, de taxe réduite, de communautés de lecteurs. Le SNE fait enfin confiance à quelqu’une qui sait de quoi le livrel est fait et comment on peut en faire un marché. Sans fantasme. Dans le calme, l’information, les rencontres et les formations.</p>
<p>On a défini le livre, (Bon, Pierrot, Sarzana), mais une question demeure cependant. Quelle valeur a le livre? symbolique? marchande? Comment définit-on la valeur d’un livre selon qu’on est éditeur, libraire, auteur ou lecteur? Quelles sont les différentes valeurs du livre?</p>
<p><strong>1. valeur symbolique du texte</strong><br />
- Valeur symbolique des grands textes : ce n’est pas la colle qui fait le collage, disait Max Ernst. Ce n’est pas la longueur du texte qui fait sa qualité. Mais son écriture, et son appréciation &#8211; je n’ose pas dire ici qualification par les pairs &#8211; des professionnels puis du public.<br />
- Temps de la lecture d’un texte : la définition de François Bon, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1850">Et si le livre, c&#8217;est le temps qu&#8217;on met à le lire ?</a></p>
<p><strong>2. valeur marchande du texte</strong><br />
- Histoire, les Droits d&#8217;auteur du XVIIe au XXIe siècles<br />
- Constat : la valeur marchande du texte varie aujourd&#8217;hui de 2 à 14%<br />
nombre d’auteurs qui vivent de leurs oeuvres <em>vs </em>nombre de personnes qui vivent de l’industrie de l’édition. Comparer avec économie du cinéma, ou d’un supermarché. Un supermarché, en périphérie de grande ville, a le même chiffre d&#8217;affaires que l&#8217;industrie de l&#8217;édition. On peut dès lors imaginer le chiffre d&#8217;affaires d&#8217;un auteur. Rappel : un auteur est un travailleur indépendant libéral, qu&#8217;il le veuille ou non.<br />
- Valeur marchande d’un texte en ligne, html = 0.<br />
- Du don que l’auteur concède au lecteur. Du contre-don en commentaires, échanges directs entre auteur et ses lecteurs. Création d’une communauté, fructueuse comme une rémunération. Mais pas suffisante.<br />
- Sentiment du lecteur : quel est-il?<br />
- Quelles sont les valeurs de l’auteur ? </p>
<blockquote><p>un coup au cœur en  découvert mon cher grand Racine affublé d’une étiquette rouge 2,90 €, petit prix, et mon entretien rebaptisé interview (interview ! chez Racine !) François Taillandier, blog de LH, « S&#8217;essprimer avec hhhîndîgnation », le 20 avril 2010</p></blockquote>
<p><strong>3. valeur marchande du livre</strong><br />
- Valeur marchande varie selon qualité du support imprimé.<br />
- Cartonnage <em>vs </em>livre de proche <em>vs </em>édition parascolaire <em>vs </em>pdf <em>vs </em>epub.<br />
- Écart des variations, l’interface et le support<br />
- Détail des coûts de fabrications, selon qualité du papier, selon qualité du format numérique<br />
- Détail du prix conféré à la distribution &#8211; diffusion pyramidale du siècle passé <em>vs </em>diff-dist en réseau du XXIe siècle.<br />
- Détail du prix concédé à l’auteur. De 10 à 30 % du prix HT. Pour une augmentation des droits d’auteur.</p>
<p><strong>4. valeur marchande de l’auteur</strong><br />
- La rémunération de l’auteur est-elle liée à la qualité symbolique du texte?<br />
- Quelques chiffres prouvent que non (les listes de best-sellers de LH et les premières phrases des livres en question en disent long sur leurs qualités littéraires)<br />
- Comment calculer la valeur marchande d’un texte? d’un auteur?<br />
- Le nombre de ses lecteurs est calculé, mais calcule-t-on la qualité des lecteurs? Leur s avis, commentaires? Et la qualité des lectures ?<br />
- Les communautés de lecteurs pour donner une valeur qualitative aux auteurs et à leurs textes.</p>
<p><strong>5. valeur symbolique de l’auteur</strong><br />
- Auteur est hors la loi, dit Foucault. Il quitte le système établi (dans un système sacré, il devient profane, dans un système capitaliste, il devient maudit ou il rentre dans les arcanes du parisianisme journalisme, édition). C’est une idée reçue que pointe ici Foucault<br />
- Idée reçue ambiguë : prestige de l’artiste, comme de l’auteur, vision démiurgique qu’a la société face à un créateur.<br />
- Légitimité de l’auteur<br />
- Auteur dans la loi, contrefaçon, mythe et réalité. Peu de contrefacteurs. Une offre légale attractive évite la contrefaçon.</p>
<p><strong>6. qu’est-ce qui donne de la valeur à un texte ?</strong><br />
- En premier lieu, son écriture. Sa langue. Singulière, personnelle, forte. C’est là tout son attrait, au sens plein, qui attire, qui aimante, et qui tire vers le haut, qui encourage les relectures, les autres lectures, voire l’écriture – combien d’écrivains ne lisent-ils pas ? n’ont-ils jamais lu ? très peu. Le livre est un support qui est conscient du substrat qu&#8217;il suscite. Ce substrat, cette matière, c&#8217;est l&#8217;interface qui le lui donne. Idem pour la lecture qu&#8217;on en fait. Faulkner lu à Rome n&#8217;est pas Faulkner lu en classe, qui n&#8217;est pas non plus Faulkner lu à la plage. Quelle que soit la valeur du texte. La lecture des livres de F.Y. Jeannet, livres substrats s&#8217;il en est, devient elle aussi un substrat, une matière qui donne corps au livre.<br />
- Lieux de lecture : sous la lampe.<br />
- Lieux de lecture : des cabinets de lecture aux bibliothèques, des librairies aux lectures publiques. La biblio ou la librairie comme 3e lieu de vie.<br />
- « Et si le lieu, c’était le livre? » se demande Bob Stein. Bob Stein, qui pense que les commentaires des lecteurs vont de plus en plus interfacer, comme dit Isabelle Aveline, avec le livre qu&#8217;ils lisent, hic et nunc.</p>
<p>Si la valeur du texte est renforcée par les lectures qu’on en fait, qu’on exprime, qu’on ajoute à celle déjà faite, alors un texte en ligne ne peut pas avoir moins de valeur qu’un texte imprimé. Ce sont désormais aussi les lecteurs qui donnent de la valeur à un texte. Grâce aux réseaux de lecteurs qu&#8217;ils développent par leurs commentaires.</p>
<p>Comment faire en sorte que le livre fasse coïncider la valeur littéraire avec la valeur pécuniaire ? Eh bien, simplement, en constatant ce qui advient. Parmi les bons ou grands lecteurs, combien écrivent ? Bon nombre se retrouvent sur des communautés de lecteurs. Alors pourquoi ne pas prendre en compte non exactement la quantité des lecteurs, mais leur qualité. L’acuité de leur lecture. </p>
<p>Et calculer le prix de son livre en fonction des commentaires qu&#8217;il suscite, du temps passé à écrire à son sujet. Encore une question d&#8217;interface. Et de substrat.</p>
<p>© Constance Krebs, 25 avril &#8211; 18 juin 2010.</p>
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		<title>Écrire en corps &#124; Arnaud Maïsetti</title>
		<link>http://amontour.wordpress.com/2010/03/04/ecrire-en-corps-arnaud-maisetti/</link>
		<comments>http://amontour.wordpress.com/2010/03/04/ecrire-en-corps-arnaud-maisetti/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 04 Mar 2010 10:53:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>arnaudmaisetti</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8212;&#8212;</p>
<p><em>à partir (mais pas seulement) de l&#8217;article de Hubert Guillaud et des commentaires qu&#8217;il a suscités :<a href="http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2009/12/23/lecriture-manuelle-est-de-lhistoire-ancienne/"> l&#8217;écriture manuscrite est-elle une chose ancienne ?</a> (l&#8217;occasion de saluer le déménagement de <a href="http://lafeuille.blog.lemonde.fr">la Feuille</a> sur une nouvelle plate-forme, celle du Monde) </em></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>Sur la table : une feuille de papier matérialise le territoire possible. On se saisit d’un stylo, on trace des courbes qui finissent bien, quelque part, par former des phrases : aller, peut-être, quelque part ; jusqu’en bas de la page, pourquoi pas ? Et on la retournerait bien sûr, s’il n’y avait pas cette douleur dans le poignet : et, plus redoutable, cette envie de lire. On relit, et soit qu’on reconnaisse trop bien ce qui s’est écrit, comme face au miroir ce reflet qui interrompt le geste quand il se fait (et c’est<a href="http://mahigan.ca/?p=1001"> la honte du corps)</a>, soit qu’on se tienne comme devant ces visages croisés dans les rêves (sans identité, sans présence, sans nom même, mais si précisément et absolument <em>reconnus</em>) : comment continuer. On laisse la feuille de papier — et par hasard, on la retrouve un jour de plus grand calme. Le sens ne nous engage plus, il appartient à quelqu’un d’autre, quelque chose d’autre. Mais les lettres tracées, qui crient dans la déformation, qui s’engendrent l’une dans l’autre avec la plus pénible maladresse, qui ne sont jamais semblables l’une à l’autre : autoportraits de soi en effort de s’y projeter. Comment finissent-elle par se laisser lire ?</p>
<p>C’est la trace du corps : on peut refaire le trajet de la douleur par telle déformation, par telle exagération, et la <a href="http://blog.tcrouzet.com/2009/12/24/ecrire-vitesse-pensee/">vitesse de l’idée</a>, on pourrait la mesurer exactement selon le tracé plus raide de telle lettre, on pourrait tenir le compte des temps de passage, démasquer les facilités et les passages arrachées de plus haute lutte rien qu’à se placer devant la forme des lettres, et sans même lire le texte — rien de plus simple.</p>
<p>Le texte trahit, bien sûr : mais, mieux, le texte écrit à la main parle, pour le corps. Contre lui, peut-être. Pire, il témoigne de ce qui a produit le texte en le recouvrant de toutes sortes de scories, de mauvaises habitudes qui ne lui appartiennent pas, mais qui s’attachent à lui, en dépit du bon sens, du juste sens. Je pense à ce que dit Michaux, qui raconte comment, s’étant retrouvé le bras droit dans le plâtre, il se mit à écrire avec le bras gauche — l’apprentissage de l’écriture, comme geste (le bras gauche <em>ne savait pas écrire</em>), ce qu’il lui a coûté et apporté, et le poids du bras lourd de cette habitude attribuée à l’autre bras. La connaissance du geste, oui, pour former la lettre, mais l’impossibilité de rejoindre ce geste-là : et les lettres formées dans la maladresse, qui en est l’auteur ?</p>
<p>Cela fait bien longtemps maintenant que je n’écris plus à la main — et que l’écriture, quelle que soit, courrier privé, travail de recherche, écriture de fond, tenu d’un journal, notes sur des films, des livres, etc., est tout entière livrée à l’ordinateur, à la saisie sur écran, mise en page presque automatique. En fait, je n’ai jamais écrit vraiment en dehors de cela.   Vers vingt ans, premier ordinateur portable, et découverte de la ville, de Paris, et en retour, l’écrire. Avant, c’était des textes courts et sans suite, raturés sur des feuilles que j’ai perdues. (Il y a un grand cahier, un seul, soixante pages notées à l’écriture fine, encre rouge, début de récit rédigé d’un trait, avec notes sur les pages de fin : volé avec le sac, aux Halles, l’été 2002.)</p>
<p>L’écriture à la main s’attache pour moi dès lors aux travaux scolaires, souvenirs des compositions de khâgne ou d’agrégation, grandes copies de concours qui prennent la place de la table et qu’on rédigeait sans presque relire, écriture laborieuse sur petits carreaux, calculée au millimètre.</p>
<p>Je tiens exception de quelques lettres, des plus précieuses, que j’ai envoyées sur papier, à l’encre noire — et dont je ne garde pas trace bien sûr, nulle copie, et qui valent pour moi tout ce que j’aurais pu écrire.</p>
<p>Si ce qui passe dans l’écriture numérique, via écran, diffère de l’écriture papier, c’est pour moi un changement dans le corps lui même : qu’on saisisse le texte sur une tablette finie de lettre, impulsion verticale des doigts, et non lancer du poignet horizontalement sur la feuille, frappe, et non déliée de la main, et séparation physique, spatiale de l’endroit où le texte se saisit et le lieu où il apparaît — tout change d’axe.</p>
<p>Cela fait quelque temps maintenant que je ne regarde plus mes doigts frapper. Mais dans la distanciation, c’est toute une objectivation qui se fait et qui touche au plus près à la fabrication d’un texte. Il se constitue dans un espace différent où il est tracé : il s’affiche en dehors même du lieu où il naît physiquement. Séparation qui le distend : et comment l’écriture est immédiatement sa lecture.  Alors, le risque, c’est de voir comme le texte est propre d’emblée, comme il s’établit avec soin, ligne ajustée, justifié, interligne régulier. Le risque, c’est de le considérer comme acquis, alors que tout commence, bien sûr. Il m’est arrivé (mais rarement) de rédiger dans des carnets, et lorsqu’il m’a fallu le ressaisir sur l&#8217;écran, impression de le réécrire ; impossible de ne pas le modifier, rythme et syntaxe, tout prenait la forme de ce mouvement nouveau qui redistribuait les cartes du texte.  Aujourd’hui, j’ai toujours dans le sac de ces carnets noirs, formats livres, sur lesquels je note à la volée, dans le métro ou ailleurs, phrases et idées qui m’échapperaient sinon. C’est entre deux numéros de téléphone, des références de livre et des croquis de rue ; ces phrases ne sont pas de nature différentes — il s’agit de se repérer dans la circulation des choses.</p>
<p>Que mon site s’appelle <em>carnets</em> tient aussi de cela : la notation marginale qui tient de part en part de travail en cours, en totalité. Sur l’écran, il n’y aurait pas d’un côté des notes supports, et de l’autre, l’usage de ces notes : toute horizontalité traversée, le texte est à lui-même sa propre fin et le moyen qui permet d’en écrire un autre — qui n’en est que la suite, la poursuite théâtrale. Si le geste de la saisie sur écran change la nature du texte, c’est aussi parce qu’il permet une prise de plain-pied sur ces circulations, qu’il joue à petite échelle le fonctionnement d’un site, peut-être.   Il y en a beaucoup pour regretter la fin des manuscrits : celle des ratures et des ajouts sur pages cornées (la critique génétique à peine née restera inconsolable) — au mieux, seront conservés les états successifs d’un texte (avec corrections mineures à la main) : et alors ?</p>
<p>L’écran est en même temps la table de travail, l’objet, et l’outil qui le manipule : ce qu’on malaxe, c’est autant la mise en page que la syntaxe elle-même. Et au risque d’un établissement trop net du texte qui pourrait nous le faire croire <em>achevé</em>, ce qu’on affronte, c’est l’enjeu même de la fabrication de la phrase en même temps que l’élaboration pas à pas des moyens qui la fabriquent. Le rythme d’un texte composé sous <em>word</em> (ou <em>pages</em> pour moi depuis un an) lui est propre en ce qu’il mêle directement, et sous le même geste, écriture et réécriture, sur le même support. Il existe des manuscrits annotés sur le support même du premier jet : mais précisément, l’annotation est d’une autre nature, possède une secondarité immédiatement perceptible.</p>
<p>Bien sûr, on me dira que tels pratiquent l’écriture numérique comme un support qui ne modifie pas les habitudes manuscrites : avec notations de couleurs, corrections sur les différents documents (parfois à la main après impression), et ouvertures d’un fichier à chaque nouvelle version. Au contraire, faire le choix de l’écran, accepter le parti pris de l’écran nous impose de travailler, je crois, l’écran tel qu’en lui-même. Je ne sais pas s’il s’agit d’une régression (et à quel titre), ou d’un progrès (mais selon quel critère ?) — cependant, si l’on devait apprendre d’un tel geste de saisie, c’est dans tous ses aspects.  Et là encore, il serait illusoire de penser qu’on assiste à une révolution de l’écrit : plutôt à un moment (qui sera sans doute dépassé) de concentration extrême de l’écrit, de l’écriture et de ses supports — d’une facilité dans la fabrication (et la gestion) d’un document écrit qui permet en retour et tout naturellement une extrême complexité dans le jeu mécanique entre surgissement de l’écriture et configuration textuelle.</p>
<p>On a d&#8217;ailleurs noté un certain appauvrissement syntaxique juste après la seconde guerre mondiale : la machine à écrire portable apparaît juste avant le début du conflit (et notamment la fameuse « Hermes Baby »), et les grands reporters de guerre avait diffusé sa modalité d’écriture — saisie rapide, corrections délicates et laborieuses qu’on négligeait, l’écriture était rapide, nerveuse, dense, pratiquement pas reprise. Mais, passé ce moment, et quand on prend le temps de s’approprier la machine, immédiatement après, les années cinquante renouvelait de fond à comble l’art du récit (questionnait profondément sa possibilité). Les catastrophes de la guerre, les ruptures épistémologiques des années trente-quarante ont leur rôle, bien sûr, et sans doute l’abîme auprès duquel on était passé permet de comprendre d’où cette réflexion a pu naître. Mais on ne pense pas assez à la place qu’a joué <a href="http://www.tierslivre.net/arch/00_Azerty.html">la machine à écrire</a>, peut-être : dans la distance permise du corps et de l’écrit, dans la médiation mécanique de la projection, il y aurait là matière à prendre pour point d’appui le questionnement de ce qui travaille l’écriture, et non plus envisager celle-ci comme donnée <em>a priori</em>.</p>
<p>Avec l’ordinateur, on accentue sans doute encore plus ce mouvement — pas révolution, mais concentration à la puissance de ce geste-là : et comment il affecte en retour la position du corps par rapport à l’écrit, et celle du texte en regard de ce qui le produit. Et la plaque où s&#8217;écrit le texte devient le lieu où s&#8217;organise le bruit du monde <a href="http://bibliobs.nouvelobs.com/20090424/12040/lecran-devient-une-vue-sur-le-monde">en retour</a> : même lieu du document où prennent place courrier, informations, flux, et flux encore qui joue en circulation sur le même espace.</p>
<p>L’écriture à la main porte trace du corps, dans ce qu’il l’entrave (j’ai noté : vitesse, ralentissement, effort et douleur dont témoigne la forme des lettres). L’écriture sur écran en effaçant cela, témoigne du corps dans le travail permanent qu’il engage avec une forme constamment œuvrée : un texte mis en page ne diffère pas (ou presque pas) d’un texte en cours : c’est que tout est sur la table de travail (ou d’opération ?), tout le temps.  Et si l’on est nombreux, je pense, à passer d’abord par un texte le moins mis en état, simple note jetée sur l’ordinateur, il y a une objectivité d’emblée qui le fait apparaître comme tel, établi, pour le moins. Ensuite, quand on le reprend la première fois, ou qu’on le prolonge, c’est le choix des polices (neuve, à chaque fois : chaque texte en réclame une différente, pour ce document rédigé sous Pages &#8212; palatino, corps 12), des marges, et de tout ce qui commence à lui donner forme. Quand on écrira, ensuite, c’est de poursuivre : poursuivre cette forme première, essayer de lui trouver une destination, une place dans le réel.</p>
<p>Cette question, alors : qu&#8217;est-ce qui traverse le corps quand on écrit ? c’est justement de ne pas éprouver d’étapes qui, de l’idée au mot, puis de sa pensée à sa formulation, entraverait le geste, qu’on écrit ; et c’est précisément parce que de l’esprit à la main, il y a comme un continuum, une déflagration qui jamais ne se segmente, dans laquelle l’écriture trouve sa justesse, sa place propre dans le chaos, dans le tempo qu’elle mesure.  Alors, ce geste, quel est-il — et dans quelle verticalité plongée, pour quel horizon recherché ? Le sens de ce geste : où le trouver ? On échouerait sans doute à retracer la généalogie du mot (on aura beau faire appel aux sciences, à la neurologie par exemple, on ne retrouvera que des impulsions électriques, rien d’autre : rien qui informe sur le geste, d’où il part, et vers où il va).</p>
<p>C’est qu’il faudrait prendre plutôt le parti du corps, non de son fonctionnement seul, mais de son rapport à ce mouvement d’extériorité qui fait expulsion. On nous apprend que c’est de là que provient l’origine du mot expression — comme on tort la matière pour en extirper ce qu’il renferme. L’expression du corps et de l’esprit traversé l’un par l’autre, ce serait cela, qu’on nomme écriture.</p>
<p>Sur la page — plus que de la simple expression seulement, plus que la mise au clair de l’esprit par les mots, le corps dompté de ses secousses, et le monde rendu à sa visibilité : plus que cela, oui. On en a fini avec ces croyances. Longtemps, la clarté était gage d’écriture, de véritable écriture. Ce qu’il fallait, c’était d’exprimer clairement — de rendre claire l’expression d’idées complexes, d’émotions ravalées ; obscurité de passions polies jusqu’à la lumière. C’est qu’on supposait l’antériorité de l’idée sur le mot.</p>
<p>Dans le basculement qui est le nôtre, il n’est plus question de succession. L’écriture n’a plus à traduire, mais à exposer le corps, à s’exposer — « si ce qu’il rapporte de <em>là-bas</em> a forme, il donne forme ; si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue. »(Arthur Rimbaud, &#8220;Lettre à Paul Demeny&#8221;).  On a de compte à rendre avec aucun procès-verbal de l’esprit sur le corps. On ne témoignera pas. On déplie sans fard une autre possibilité de son corps, une de ses propriétés (Michaux, <em>Mes Propriétés</em>). Un autre organe de soi-même, à l’extérieur de la peau.</p>
<p>Alors, du geste d’écrire : dire que c’est se prolonger, c’est croître, s’augmenter — et on retrouverait là, le vieux mot d’auctor : non plus, comme on l’a cru pendant longtemps, <em>le garant</em> (et de quoi au juste ? du sens ?) mais celui qui augmente, plus que le sens, plus que sa demeure, mais qui s’augmente dans le monde, qui occupe l’espace d’un territoire qui d’abord ne lui appartient pas, et qu’il arpente pour l’inventer.</p>
<p>Arnaud Maïsetti, 17 février &#8211; 4 mars 2010</p>
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		<title>Entretien avec François Nawrocki, chargé de mission</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Nov 2009 05:56:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ck</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour les images et la promenade, voir Quelques caractères de le rue de Verneuil et alentour, de Dominique Hasselman, dans Remue.net. Cet entretien est le 3e de la série d’entretiens que j’ai eu avec quelques personnes depuis longtemps engagées dans l’édition numérique. Qu’elles soient ici remerciées de l’autorisation de mise en ligne de ces textes. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=648&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pour les images et la promenade, voir <em>Quelques caractères de le rue de Verneuil et alentour</em>, de Dominique Hasselman, dans <a href="http://remue.net/spip.php?article49">Remue.net</a>.</strong></p>
<p>Cet entretien est le 3e de la série d’entretiens que j’ai eu avec quelques personnes depuis longtemps engagées dans l’édition numérique. Qu’elles soient ici remerciées de l’autorisation de mise en ligne de ces textes. Tous les entretiens ici publiés sont liés au rapport <em>Livrel</em>.</p>
<p><strong>François Nawrocki, Centre National du Livre, 7 mai 2009</strong><br />
Né en 1977, François Nawrocki est archiviste paléographe (École nationale des chartes, 2002), conservateur des bibliothèques (ENSSIB, 2004) et historien seiziémiste, titulaire d’un doctorat de l’université Paris IV – La Sorbonne (2009). Après une première affectation à la Direction du livre et de la lecture du Ministère de la culture, il entre en septembre 2008 au Centre national du livre en tant que chargé de mission à l’économie numérique du livre. À ce titre, il intervient principalement dans les champs de la numérisation des livres et des revues, de l’édition numérique, hybride et multimédia, de l’Internet et des webservices. Il est également chargé de cours à l’École des bibliothécaires documentalistes, à l’Institut catholique de Paris.</p>
<p><strong>1. Comment l’institution que vous représentez appréhende-t-elle les réflexions numériques qui touchent les professions du livre, et du texte, aujourd’hui ?</strong><br />
Le CNL a pour mission d’aider la création d’œuvres de qualité et les conditions de leur accès au public. Il accorde des bourses et des subventions aux auteurs, aux éditeurs, aux libraires et aux bibliothèques. Par exemple, le CNL subventionne des projets de publication de monographies, des projets d’intra- ou d’extraduction, aide le fonctionnement de revues. Dans l’univers numérique, le CNL a d’abord accompagné, de 2004 à 2006, la création de sites internet d’éditeurs, puis depuis 2005, la numérisation rétrospective des revues et la création de revues en ligne. Enfin, une commission politique numérique a été créée en 2007 pour aider, dans le cadre de l’expérimentation Gallica, la numérisation rétrospective des livres de langue française, avec un volet patrimonial, assuré par la BnF, et un volet « œuvres sous droits » auquel sont éligibles les éditeurs (19 000 ouvrages aidés entre janvier 2008 et avril 2009). Marginalement, des agrégateurs numériques ou « e-distributeurs » (Numilog, ePagine, CAIRN, etc.) sont également aidés pour leur participation à la diffusion des œuvres sur les réseaux numériques et dans Gallica.</p>
<p>Cependant, malgré ces progrès, nous devons encore faire évoluer les cadres de notre action, trop centrés sur l’économie réelle, pour les adapter à l’économie immatérielle et aux réseaux numériques. Une réflexion d’ensemble, voulue par notre président Benoît Yvert, doit permettre de moderniser nos dispositifs et d’élargir notre champ d’action numérique. C’est en partie pour cela que j’ai été recruté en septembre dernier. Cependant, une telle révolution ne pourra se faire sans une large concertation. Les premières propositions que nous avons faites au cabinet de la Ministre [de la Culture, Christine Albanel] ont été plutôt bien accueillies, mais ce n’est qu’une première étape. Il aussi passer par des procédures administratives un peu longues et, bien sûr, ce que nous pourrons faire sera limité par le budget dont nous disposerons. </p>
<p>Il y a des évolutions naturelles, comme la possibilité de prendre en considération certaines formes de publications numériques dans le CV des auteurs demandant une bourse, ou encore, pour un projet de publication, de compter l’édition et la publication numérique d’une œuvre, simultanée ou consécutive à la sortie papier, dans le champ des dépenses éligibles. Nous voudrions aussi réinvestir les réseaux numériques en favorisant la réalisation de sites web 2.0 et d’outils ouverts, améliorant le contexte de la diffusion et de la valorisation des œuvres par ces réseaux, à différents niveaux (information, promotion, médiation, prescription). En particulier, nous tenons à soutenir l’effort de mise en réseau des libraires indépendants, car nous sommes convaincus que leur rôle de sélection et de mise en avant de certains titres est indispensable à la vitalité et à la diversité des publications, sur l’Internet comme dans les quartiers. Tout cela est à préciser, notamment en fonction des moyens dont nous disposerons. Je me garderai donc d’être plus précis pour le moment. Nous avons aussi d’autres idées, d’autres envies, mais peut-être moins prioritaires.</p>
<p><strong><br />
2. À travers les soutiens à la distribution électronique que vous offrez aux éditeurs, à  travers le soutien que vous leur offrez également pour la numérisation de leur fonds, est-ce que vous suggérez d’utiliser tel ou tel standard de structuration de fichier, tel ou tel format de mise en page ?</strong><br />
La commission politique numérique a un rôle plus politique que technique. Elle est essentiellement composée de personnalités très haut placées dans le monde de l’édition ou dans l’organigramme de la BnF, mais aussi de personnalités qualifiées comme Bruno Patino. Cette commission laisse beaucoup de libertés aux éditeurs dans leurs projets numériques, car les temps sont encore à l’expérimentation. Cependant, il s’agit d’investissements pour partie privés, et pour partie publics à travers le CNL. Nous n’avons pas le droit d’encourager les éditeurs à investir à fonds perdus dans une numérisation sans lendemain, qui demanderait à être refaite à un stade ultérieur. C’est pourquoi le CNL a décidé d’imposer, comme condition d’éligibilité à l’aide, que parmi l’ensemble des formats de diffusion envisagés par l’éditeur, il y ait au moins soit une numérisation « statique » en PDF (avec indexation intégrale du texte), soit une numérisation « dynamique » dans un format XML (par exemple le format ePub de l’IDPF). Ce sont les formats les plus interopérables et les plus portables aujourd’hui. Une numérisation XML, en particulier, va vraiment permettre de réexploiter un texte sur la longue durée, avec toutes les possibilités de modifications, d’enrichissements, de conversions vers divers formats papier ou numériques, actuels et à venir. C’est pour cela que depuis l’automne 2008, le CNL a relevé son taux de subvention à 66% pour les projets de numérisation XML (souvent plus coûteux), contre 50% pour les autres projets (PDF).<br />
<strong><br />
3. Que concernent les bourses de numérisation ?</strong><br />
Ces subventions s’appliquent aux frais directs de numérisation de livres papier (de stockage, acheminement, prise de vues, traitement des lignes, des marges, des contrastes, reconnaissance optique de caractères, ressaisies ou corrections, structuration et balisage, insertion des images etc.) ou de conversion depuis un fichier de PAO ou un PDF imprimeur. La création ou l’extraction des métadonnées en format ONIX entre également dans le champ. Indirectement, une aide peut être accordée pour la création d’une DTD XML « maison », pour les coûts techniques de protection des données (DRM) ou de marquage des droits (watermarking). Pour les petites et moyennes maisons d’éditions, le CNL peut aussi aider à hauteur de 25% les frais de recherche des droits et de renégociation des contrats. </p>
<p><strong>4. Quels sont les besoins pour le développement de l’économie numérique ?</strong><br />
Au CNL comme dans le monde de l’édition en général, il faut développer la formation continue et acquérir de nouvelles compétences, notamment à la publication web et à la structuration XML. Mais le vivier de formateurs est étroit. Il y a aussi un besoin d’évolution des outils d’édition, notamment en logiciels libres. De petites maisons d’édition peuvent parfois expérimenter avec audace et réussir très vite la transition numérique, grâce à leur légèreté structurelle, là où les grands groupes manœuvrent sur un temps long : cependant, ces derniers joueront un rôle moteur dans la structuration de l’univers numérique, notamment des canaux de distribution. À mon avis, là est la première condition du développement de l’économie numérique, et le remède à la dispersion de l’offre. </p>
<p>Deuxièmement, il faut instaurer une confiance dans l’économie numérique. C’est un point essentiel. L’acheteur de livres numériques doit pouvoir agréger et gérer sa bibliothèque personnelle et surtout, lire ses fichiers dans de bonnes conditions sur tous ses supports de lecture, de l’écran au téléphone portable en passant par la liseuse. Il faut donc d’un côté, des formats interopérables, et de l’autre, des matériels et des logiciels adaptés et performants. Car XML c’est bien, mais cela ne suffit pas. Si la police choisie ne peut être affichée, si les caractères spéciaux sont maltraités par le moteur de rendu, si le texte n’est pas justifié, si les illustrations ne sont pas bien intégrées à l’écran de la liseuse, rien ne va plus. Les éditeurs devront être en mesure de faire distribuer des fichiers optimaux pour les supports de lecture de l’acheteur. Des batteries de tests seront probablement nécessaires. C’est un nouveau type de prestation, indispensable dans une démarche qualité. Les distributeurs numériques auront aussi la responsabilité de garantir que les fichiers sont adaptés aux besoins du clients, car cette fonction se situe au moment de l’exemplarisation, donc en général au moment où le distributeur délivre un fichier au détaillant (libraire) pour son client.</p>
<p>Un autre point sensible, pour l’instauration de cette économie de confiance, est celui de la protection des droits. Avec les accords de l’Élysée (à la suite du rapport Olivennes), les autres filières culturelles ont renoncé aux DRM qui verrouillent l’œuvre et limitent considérablement ses usages. Le livre n’était pas dans les accords Olivennes, mais il est bien sûr concerné par le projet de loi Création et Internet qui définira un cadre pour protéger les œuvres de l’esprit et lutter contre le piratage. En contrepartie, il faudra que les professionnels du livre développent une offre légale suffisante et attractive, ce qui, à mon avis, suppose qu’ils fassent confiance à leur clients et renoncent aux DRM trop verrouillés. Pour la plupart des lecteurs, un fichier texte que l’on ne peut pas imprimer, que l’on ne peut pas annoter, que l’on ne peut pas prêter, que l’on ne peut pas copier d’un support à l’autre, ou avec des limitations qui menacent la pérennité des bibliothèques virtuelles légalement acquises (vu l’obsolescence rapide des ordinateurs personnels et la fragilité des disques durs), sont autant de contraintes insupportables qui peuvent faire préférer une offre illégale gratuite et souple d’utilisation. Si l’on y pense, les DRM imposent souvent des reculs importants par rapport à l’économie papier, où un même livre circule largement dans un cercle privé, alors que le numérique est justement sensé soulager des contraintes matérielles. Si l’on bride des fonctionnalités numériques naturelles, certains clients jugeront qu’on leur a vendu un produit déficient. Ces sujets sont très polémiques. Il n’est pas facile à un éditeur de franchir le pas, à cause de la crainte du piratage, mais aussi parce qu’un éditeur doit assurer à ses auteurs la protection de leurs intérêts. Les solutions de watermarking (tatouage numérique rémanent), plus pédagogiques et dissuasifs que réellement dérangeants, sont une bonne piste. Après, la loi doit permettre de traquer les principales sources d’évasion illégale des œuvres sous droits sur les réseaux peer-to-peer ou autres.</p>
<p>Troisièmement, tout le monde cherche le bon modèle économique. Quel est le juste prix d’un livre numérique, sachant qu’il a un coût de production comparable à un livre papier, mais probablement un coût moindre de diffusion (et avec quels intermédiaires) ? Comme dans toute économie, la fixation du prix ne pourra pas faire abstraction la valeur que le client accorde au produit. Or, nous avons probablement un problème de perception de la valeur du produit numérique, comme dans la musique ou le cinéma d’ailleurs, à cause de la dématérialisation. Le jour où le livre numérique fera la preuve d’une véritable plus-value par rapport au livre papier, ou en tout cas d’une utilité spécifique, alors le public cessera peut-être de le voir comme un ersatz de publication. Cela ne veut pas dire qu’il sera dans tous les cas possible de le vendre aussi cher, voir plus cher, que sous une forme papier. L’abaissement du taux de TVA (il est à 19,6%, contre 5,5% pour le livre papier) fait partie de l’équation du problème : le conseil des ministres européens des finances a peut-être ouvert une opportunité le 10 mars dernier, mais la piste est à confirmer (la formulation « le livre sous toutes formes de supports » étant pour le moins ambiguë).</p>
<p>La question de la fixation du prix, voire des conditions permettant d’imposer un prix unique du livre à tous les détaillants, dans l’esprit de la loi Lang de 1981, est essentielle pour permettre une diversité des canaux de promotion et de vente du livre sur Internet. Personnellement, je ne crois pas à une extension de la loi Lang au livre numérique, mais plutôt à une loi spécifique, qui de toute façon ne permettrait pas de régler les problèmes de concurrence extra-territoriale, cruciaux, comme vous pouvez l’imaginer, pour la distribution de biens immatériels. La piste du contrat de mandat, suggérée par le rapport Patino, est actuellement à l’étude.</p>
<p>Je pense aussi que nous avons aujourd’hui besoin, pour avancer, d’une connaissance plus solide de l’état de l’art technique et économique. Le Ministère de la culture (DEPS) va lancer une étude internationale sur les modèles économiques du livre numérique, avec en particulier une analyse des marchés asiatiques. De même, il nous faut mieux appréhender les publics du livre numérique, présents et à venir : comprendre comment ils conçoivent le livre sur les réseaux numériques, notamment en mobilité, et identifier les freins ou les facteurs de développement de cette économie dans différents segments du marché. À cette fin, le CNL s’apprête à lancer une étude (quantitative et qualitative) qui se durera probablement jusqu’au début de l’année 2010. Les conclusions seront publiques, bien entendu. Si cela vous intéresse, nous pourrons croiser nos résultats et nos analyses.</p>
<p><strong>5. Bien volontiers. Les résultats de notre étude seront d’ailleurs à votre disposition. Si nous ouvrons une espèce de laboratoire du texte, que ce texte soit une œuvre hybride, multimédia, qu’en pensez-vous ?</strong><br />
Ce serait probablement une bonne initiative, venant à point nommé. Le livre numérique n’a pas vocation à rester enclos dans les formes héritées du papier, encore moins d’en être une simple transposition. Toutes sortes d’enrichissements sont possibles, non seulement en guise d’illustration, mais aussi au stade de la création : parcours de lectures, recompositions aléatoires ou interventions du lecteur, peuvent faire du livre numérique une « œuvre ouverte », pleine de vitalité et de virtualités. Des associations comme Inventaire/Invention (qui vient malheureusement de disparaître) jouent un rôle admirable, mais elles sont trop peu nombreuses, et trop peu soutenues.</p>
<p>C’est un champ que le CNL, établissement national, pourrait difficilement investir à court terme. Nous n’aidons pas d’ateliers ou de manifestations multimédia, mais nous aidons des œuvres multimédia individuelles dans le cadre de projets de publication où l’objet livre reste un élément important. Nous contribuons aussi au dispositif d’aide à la création artistique multimédia (<a href="http://www.centrenationaldulivre.fr/?Le-DIspositif-pour-la-CReAtion">DiCréAM</a>), piloté par le CNC [centre national du cinéma]. Ces dossiers restent très marginaux dans notre action.</p>
<p>L’échelon régional pourrait être pertinent, en suscitant des collaborations locales, notamment avec les écoles et les bibliothèques, mais aussi avec des industriels. Les arts numériques sont en plein essor, et je regrette souvent que l’écrit n’y soit pas plus présent.</p>
<p>Un autre avantage d’un laboratoire du texte, en région Ile-de-France ou ailleurs, serait d’aider à définir le livre numérique en tant que tel. Nous aurons besoin d’une telle définition (notamment s’il faut un jour légiférer), et je ne crois pas qu’elle soit impossible à rédiger. Il faut juste s’accorder sur ce qu’elle comprend, et sur ce qu’elle exclut ; sur ce qui est un livre, et ce qui est un produit dérivé, ou tout autre objet exploitant du texte représenté.</p>
<p><strong>6. J’aimerais savoir ce qui vous émerveille dans les bouleversements que nous vivons.</strong><br />
Ce qui m’étonne le plus et qui ne cesse de m’étonner – mais ce n’est pas de l’émerveillement – est la ténacité d’une certaine défiance de professionnels du livre vis-à-vis du numérique. Le numérique est une chance de toucher de nouveaux publics, d’élargir une diffusion en faisant abstraction de contrainte matérielles (je pense en particulier aux revues savantes). Mais le numérique est surtout une nécessité qui s’impose à tous. Aujourd’hui, la majorité des usages de recherche d’information passe par l’Internet, qui est aussi devenu le premier média de divertissement. Comment ignorer la nécessité de porter les contenus culturels, et notamment le livre, sur ces réseaux ? Le livre peut-il rester absent des mobiles à tout faire, connectés et multimédias, qui envahissent de plus en plus de poches, et bientôt de cartables ?<br />
Alors je suis toujours étonné, lorsque je constate que le numérique déclenche encore des vents de panique et d’hostilité. Les débats sur ce sujet sont souvent tendus, voire houleux. Cela n’est pas normal. Il n’y a pas de raison de paniquer aujourd’hui, où le numérique ne représente que quelques dizaines de pour cent du chiffre d’affaire d’une édition qui, globalement, se porte bien. S’il est une urgence, c’est d’inventer, d’expérimenter, de tenter diverses solutions, et surtout, de se préparer à la transition numérique en développant une offre de qualité dans des formats ouverts et évolutifs. Nous avons peut-être encore deux ans pour donner au paysage des contours plus précis. Cela commencera probablement par la distribution et de la diffusion, permettant aux libraires de trouver leur place. La vivacité de la culture est à ce prix. C’est cela qui est en jeu dans les bouleversements que nous vivons.</p>
<p><strong>Liens</strong><br />
Le <a href="http://www.centrenationaldulivre.fr/?-Presentation-">Centre national du livre</a> conduit la politique du Livre du ministère de la Culture. Son président est aussi le Directeur du Livre et de la Lecture, mais son poste non reconduit, est désormais vacant et <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1949">la DLL supprimée</a>.<br />
Sa mission consiste à encourager les auteurs, éditeurs, bibliothécaires à la création et à la diffusion de livres. Tout en s&#8217;<a href="http://www.centrenationaldulivre.fr/spip.php?page=sedna">adaptant </a>aux nouveaux usages. </p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/amontour.wordpress.com/648/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/amontour.wordpress.com/648/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/amontour.wordpress.com/648/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/amontour.wordpress.com/648/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/amontour.wordpress.com/648/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/amontour.wordpress.com/648/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/amontour.wordpress.com/648/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/amontour.wordpress.com/648/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/amontour.wordpress.com/648/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/amontour.wordpress.com/648/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/amontour.wordpress.com/648/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/amontour.wordpress.com/648/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/amontour.wordpress.com/648/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/amontour.wordpress.com/648/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=648&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Un Syndicat de l&#8217;Edition qui voit loin</title>
		<link>http://amontour.wordpress.com/2009/11/27/un-syndicat-de-ledition-qui-voit-loin/</link>
		<comments>http://amontour.wordpress.com/2009/11/27/un-syndicat-de-ledition-qui-voit-loin/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 27 Nov 2009 13:12:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ck</dc:creator>
				<category><![CDATA[edition, litterature, edition numérique, online publishing, librairie, bibliothèque, définition du livre]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
		<category><![CDATA[définition du livre]]></category>

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		<description><![CDATA[Envoyée par Olivier Lefèvre, cette vidéo présente le livre étendu avec sensualité, papier, intertextualité, son, et image. Et elle parle de textes. Elle raconte une histoire. Est-elle un livre ?<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=647&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="text-align:center; display: block;"><a href="http://amontour.wordpress.com/2009/11/27/un-syndicat-de-ledition-qui-voit-loin/"><img src="http://img.youtube.com/vi/F_jyXJTlrH0/2.jpg" alt="" /></a></span>
<p>Envoyée par Olivier Lefèvre, cette vidéo présente le livre étendu avec sensualité, papier, intertextualité, son, et image. Et elle parle de textes. Elle raconte une histoire. Est-elle un livre ?</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/amontour.wordpress.com/647/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/amontour.wordpress.com/647/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/amontour.wordpress.com/647/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/amontour.wordpress.com/647/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/amontour.wordpress.com/647/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/amontour.wordpress.com/647/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/amontour.wordpress.com/647/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/amontour.wordpress.com/647/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/amontour.wordpress.com/647/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/amontour.wordpress.com/647/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/amontour.wordpress.com/647/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/amontour.wordpress.com/647/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/amontour.wordpress.com/647/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/amontour.wordpress.com/647/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=647&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Une définition du livre</title>
		<link>http://amontour.wordpress.com/2009/11/25/une-definition-du-livre-2/</link>
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		<pubDate>Wed, 25 Nov 2009 08:45:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ck</dc:creator>
				<category><![CDATA[edition, litterature, edition numérique, online publishing, librairie, bibliothèque, définition du livre]]></category>
		<category><![CDATA[François Bon]]></category>
		<category><![CDATA[lecture]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[livrel]]></category>
		<category><![CDATA[rapport Krebs]]></category>
		<category><![CDATA[valeur du texte]]></category>
		<category><![CDATA[valeur du livre]]></category>
		<category><![CDATA[définition du livre]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Pierrot]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Sarzana]]></category>
		<category><![CDATA[Bob Stein]]></category>
		<category><![CDATA[définition du livrel]]></category>

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		<description><![CDATA[En écho à ce qu&#8217;écrit François Bon qui relaie la définition d&#8217;Alain Pierrot et de Jean Sarzana, livre_numerique, publié par Livres-Hebdo vendredi dernier, et qui y répond, ma pierre au moulin. Un extrait de ce que j&#8217;ai écrit dans le rapport après avoir lu cette définition et celle que donnait François le 6 août, mais [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=634&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot-et-bob-stein.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot-et-bob-stein.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" title="Alain Pierrot et Bob Stein" width="300" height="225" class="alignnone size-medium wp-image-637" /></a> </p>
<p>En écho à ce qu&#8217;écrit François <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1961">Bon </a> qui relaie la définition d&#8217;Alain Pierrot et de Jean Sarzana, <a href='http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/livre_numerique.pdf'>livre_numerique</a>, publié par Livres-Hebdo vendredi dernier, et qui y <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1850">répond</a>, ma pierre au moulin.</p>
<p>Un extrait de ce que j&#8217;ai écrit dans le rapport après avoir lu cette définition et celle que donnait François le 6 août, mais qui peut être augmenté de vos réactions et commentaires. Qui, de mon côté, depuis, s&#8217;est développé vers une amorce de <a href="http://amontour.wordpress.com/2009/11/14/quelles-valeurs-accorder-au-livrel/">réflexion</a> autour du texte, et du livre, l&#8217;un et l&#8217;autre n&#8217;ayant pas les mêmes valeurs. Ce qui repose la définition du livre en d&#8217;autres termes sur lesquels je reviendrai.</p>
<p><strong>Extraits</strong><br />
Mais d&#8217;abord, qu&#8217;est-ce que lire?<br />
La définition de la lecture est infinie : « …qu’elle soit populaire ou érudite, ou lettrée, la lecture est toujours production de sens. […] Lire, c’est donc constituer et non pas reconstituer un sens. […] Le lecteur, dans ce rapport au texte, se définit par une physiologie, une histoire et une bibliothèque. » (Jean-Marie Goulemot, « De la lecture comme production de sens », in <em>Pratiques de la lecture</em>, dir. Roger Chartier, coll. Petite Bibliothèque Payot, Payot et Rivages, 2003, p. 120-121.) Elle est multiple, en fonction des lecteurs et de ce qu’ils vivent. Vivante, elle ne peut donc pas se cantonner un seul accès, on l’a vu, ni non plus en un seul support, on va le voir, ni en un seul lieu. À moins que l’implication des libraires, des éditeurs et des bibliothécaires s’établissent dans la cité d’aujourd’hui, qui se trouve aussi bien en ligne qu’en ville. Il y a urgence et intérêt, un fort enjeu à développer des supports de lecture ouvert, des lieux de lecture ouverts et une implication du libraire et du bibliothécaire dans la cité numérique. Car la lecture s’autorise des couches successives de supports (en ligne, sur tablettes, sur papier) et des retours du lecteur sur ses lectures. En ligne, elle est rarement frivole. (&#8230;)</p>
<p>En effet si, de manière générale, les grands lecteurs lisent moins de livres que leurs parents, et plus que leurs enfants, c’est sans doute que l’offre culturelle s’est diversifiée (bien que ceux qui vont au théâtre, au concert, au musée et au cinéma sont aussi ceux qui lisent le plus), mais surtout, peut-être, que l’ensemble de l’offre éditoriale ne s’est pas encore adaptée à son époque. Peu d’éditeurs, depuis les débuts de 00h00, ont passé tout à fait le seuil de la publication numérique ou en ligne.</p>
<p>Malgré cela, la lecture se trouve aussi numérisée, sans hiérarchie ni académisme hérités des classiques. L’époque est technophile, bruyante et nous renvoie à nos solitudes. Seules la vidéo et la musique répondent à ce besoin, parmi les arts existants. En ce qui concerne la vidéo, sous la<br />
forme du cinéma et de la télévision pour les plus vieux d’entre nous, sous la forme de jeux pour les plus jeunes. Bob Stein l’a bien compris quand il observe la puissance narrative des jeux vidéos, quand il applique à l’édition numérique de Macbeth, dans les marginaliae de chaque scène lisible à l’écran, des extraits de films de Kurosawa, Polanski et Welles. « L’acte de lire, pour moi, ne se résume pas au fait d’ausculter un écran ou une page imprimée pour en retirer des informations. Le lecteur est aussi une personne. Par conséquent, dans un sens plus général, lire est fondamental pour comprendre ce que signifie être citoyen. Il m’est donc difficile de définir ce qu’est un lecteur, mais je dirais qu’il est ce qu’il fait, il est tout ce qu’il intègre et ce qu’il retient de ce qui l’entoure. Le langage du corps se lit, également. » (Bob Stein, conférence du 2 juin 2009 au Motif. ”<em>For me reading is not defined as looking at a screen or a page and taking information off of it. To me the word reader is also synonymous with person. Reading in it’s broad sense is so fundamental to what it means to be a citizen of modern culture. That’s why I hesitated to define what a reader is. It’s what we do. It’s how we absorb everything around us. When you read body language, you’re reading.</em>” traduction française d’Alain Monrigal.) Ce que confirme Alberto Manguel quand il précise la tâche des lecteurs : « Les lecteurs de livres […] développent ou concentrent une fonction qui nous est commune à tous. Lire des lettres sur une page n’est qu’un de ces nombreux atours. […] le danseur qui lit les indications du chorégraphe, et le public qui lit les gestes du danseur sur la scène […] – tous partagent avec le lecteur de livres l’art de déchiffrer et de traduire des signes. » (Alberto Manguel, <em>Une histoire de la lecture</em>, A history of Reading, trad. Christine Le Boeuf, Actes Sud, 1998, rééd. coll. Babel, 2008, p. 22.)</p>
<p>Ce que note Bob Stein, c’est que la vidéo est un support de lecture envisageable, et comme tel exploitable – sinon pourquoi mettre en regard de chaque scène de Macbeth, trois films correspondants ? Regarder un film est aussi une lecture. On y voit des corps en mouvement, on y lit<br />
une narration – comme un sourd lit sur les lèvres ou sur les gestes de son interlocuteur. Notre époque permet la vidéo dans le texte : mettons-la en regard. Chartier remarque d’ailleurs, à propos de l’histoire de la « mise en texte » qu’il détache de la « mise en livre », que la typographie, autrement dit l’organisation des blancs sur une page, la séparation des scènes, que le format, le passage de l’in-4° à l’in-8°, les mentions de personnages et les didascalies ont modifié la réception des pièces de théâtre entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. « Une nouvelle lisibilité était créée, par le format plus aisément portable, par la typographie qui restituait dans le livre la durée et le mouvement de la dramaturgie elle-même, rompant ainsi avec les conventions anciennes qui imprimaient les pièces sans tenir aucun compte de leur théâtralité. » (Roger Chartier « Du livre au lire », in <em>Pratiques de la lecture</em>, dir. Roger Chartier, coll. Petite Bibliothèque Payot, Payot et Rivages, 2003, p. 105.) C’est d’ailleurs à partir de cette époque, vers 1750 et jusqu’en 1850 « que se répand un rapport désinvolte à l’imprimé, qui passe d’un texte à l’autre, qui ne porte plus respect vis-à-vis des objets imprimés, froissés, abandonnés, jetés. Plus superficiel, ce nouveau style de lecture traduit un moindre investissement dans le livre, et sans doute une moindre efficace des textes autrefois maîtres de vie ». (<em>ibid.</em>, p. 92) Les journaux sont nés, et avec eux, une forme de lecture fragmentée. A-t-il fallu, comme le préconise Pierre Assouline dans son article à propos de la lecture à l’écran, « réapprendre à lire » ? (Pierre Assouline, « Le Double Tempo de la lecture », <em>Le Monde 2</em>, n° 290, 5 septembre 2009, p. 10 : « Il va nous falloir (ré)apprendre à lire tous autant que nous sommes. […] Imperceptiblement, nous nous acheminons vers une lecture à deux vitesses qui obéit à deux rythmes différents. La première consiste à tenir un bloc de papier, un écran d’ordinateur ou un reader entre les mains, à s’engager dans une lecture en continu de textes longs et ininterrompus et à s’immerger en profondeur dans ce tête-à-tête pour lequel le temps ne compte guère. La seconde place le lecteur face à un bloc de papier, un écran d’ordinateur ou de téléphone protable, et lui propose de lire en discontinu un très grand nombre de choses de manière fragmentaire et rapide, entrecoupée d’images, dans une perspective infinie favorisée par l’hypertexte. Ces deux types de lecture ne sont pas exclusifs mais complémentaires. […] C’est aussi dans la présentation des choses, mise en page qui ne s’avoue pas toujours mise en scène, que se dessinera une ligne de partage ; sur la Toile, les agrégateurs de nouvelles ont pris une telle importance que nombre d’entre nous sont exclusivement informés par des bribes diffusées sans contexte ni hiérarchie quand ce n’est pas sans source. Le lecteur se retrouve désormais dans la situation du consommateur dans un hypermarché. On lui demande de se débrouiller seul. À lui désormais de faire le tri. Encore doit-il en être capable. D’où l’urgence de (ré)apprendre à lire. »)</p>
<p>Charge aux enseignants de s’atteler à la lecture en ligne pour l’apprendre à leurs élèves, comme ils apprennent à lire, puis à utiliser un dictionnaire, enfin à décrypter l’information dans les journaux. Avec ces supports nouveaux d’écriture, et donc de lectures, la presse a fait les beaux jours de l’édition du XIXe siècle. Elle a bâti des maisons d’édition toujours en vie près de deux siècles après. Aux auteurs, et aux éditeurs de s’impliquer dans des modes d’écriture et d’édition qui correspondent aux modes de lecture d’aujourd’hui avec plus de théâtralité dans la mise en forme, de désinvolture vis-à-vis du support, et d’ouverture à l’égard des voies de communication. Les lecteurs sont parmi nous, ne les détachons pas de ce qui nous anime. Notons que les études manquent sur la lecture des Français indépendamment du livre. sur l’usage que les élèves font du dictionnaire, de l’alphabet, ou de la recherche en ligne, du motclé. Des études qui inclueraient la lecture sur Internet, sur bouquineur, sur téléphone portable. Un observatoire tel que Le MOTif pourrait les prendre en charge. (&#8230;)</p>
<p>3.3.2. Une définition du livre<br />
Roger Chartier propose une « définition qui restaure le livre dans une circulation et une adresse » (C’est François Bon qui remarque cela dans un mail du 7 août 2009.) : « D’un côté, c’est un objet produit par un travail de manufacture, quel qu’il soit – copie manuscrite, impression ou éventuellement production électronique –, et qui appartient à celui qui l’acquiert. En même temps, un livre, c’est aussi une oeuvre, un discours. Kant dit que c’est un discours adressé au public, qui est toujours la propriété de celui qui l’a composé et qui ne peut être diffusé qu’à travers le mandat qu’il donne à un libraire ou à un éditeur pour le mettre dans l’aire de la circulation publique. Tous les problèmes de la réflexion tiennent à cette relation complexe entre le livre comme objet matériel et le livre comme oeuvre intellectuelle ou esthétique, parce que, jusqu’à aujourd’hui, la relation s’est toujours établie entre ces deux catégories, entre ces deux définitions. […] Or, aujourd’hui, le seul objet est l’ordinateur, qui porte tous les types de discours, quels qu’ils soient, et qui rend absolument immédiate la continuité entre les lectures et l’écriture. On peut alors entrer dans les réflexions contemporaines, mais en revenant à cette dualité que l’on oublie souvent. » (Roger Chartier, « Le livre : son passé, son avenir », entretien avec Ivan Jablonka, <em><a href="http://laviedesidees.fr">La Vie des Idées</a></em>, 29 septembre 2008.) Le livre n’est plus un objet. C’est seulement « une oeuvre, un discours » dont le même support rend possible les lectures et les écritures. L’immédiateté entre les deux est donnée par le réseau. Il n’y a plus d’intermédiaires entre auteurs et lecteurs – seulement le texte et ceux qui travaillent en fonction de l’ordinateur et des échappées qu’il propose. </p>
<p>Si, comme le dit Chartier, « le seul objet est l’ordinateur », qui porte tous les types de discours, qui néglige la durée de la circulation puisqu’il « rend absolument immédiate la continuité entre les lectures et l’écriture », alors le livrel est à la fois rassemblé dans l’espace (l’objet, l’« adresse »), et dans le temps de transmission (la diffusion, la « circulation »). Par exemple, les temps de diffusion du texte sur un blog ou du chargement d’un fichier sont minimes, voire infimes. Ce temps qui consistait autrefois à se rendre en librairie ou en bibliothèque (pour certains ouvrages, il fallait se rendre dans des bibliothèques éloignées, voire traverser les frontières et les continents), qui consistait à se déplacer jusqu’au livre pour l’acquérir ou, lorsque c’était possible, pour l’emprunter, puis à retourner chez soi pour enfin le lire, ce temps si dilaté de la recherche du livre que l’on avait préalablement choisi parce qu’on avait lu ailleurs, dans un autre livre, sa référence ou bien une allusion à un passage qui nous avait intrigué ou intéressé, ce temps de la recherche ajouté au temps de l’acquisition et au temps du retour chez soi se confondent désormais en un clic. Or ces temps perdus à la recherche de la lecture donnaient au texte une valeur symbolique, une saveur rare, précieuse. Que le clic lui retire. Mais si le texte perd de sa valeur symbolique, le temps de lecture qui s’offre à nous est plus long.</p>
<p>Il reste donc le temps incompressible de l’écriture, et le temps élastique de la lecture. « Et si un livre c’était le temps qu’on met à le lire ? » (François Bon, « <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1850">Ceci est-il un livre ?</a> », Le Tiers Livre, 6 août 2009.) Cette question que pose François Bon en son Tiers Livre induit, sous-entend le temps de l’écriture. Blanchot a parfaitement décrit à propos de Proust, ce « temps pur », qui fait la magie de l’écriture, et qui réunit tout ensemble le temps d’écrire, le « bonheur des souvenirs spontanés », mais aussi le temps aboli par le fait réel, qui se répète en affranchissant le temps, et qui de ce fait se déplace hors du temps pour donner le récit. « Oui, en ce temps, poursuit Blanchot, tout devient image [...] sans signification, mais appelant la profondeur de tout sens possible ; irrévélée et pourtant manifeste, ayant cette présence-absence qui fait l’attrait et la fascination des Sirènes. » (Maurice Blanchot, <em>Le Livre à venir</em>, Gallimard, coll. Folio, p. 25.) </p>
<p>À son tour, Bon évoque aussi une relation sensible – qu’elle soit d’essence esthétique ou intellectuelle, voire pratique ou scolaire – qui restaure le livre non pas en tant qu’objet, mais comme lien social et culturel qui transmet ce que l’auteur fonde, et ce que le lecteur reçoit. Le livre et le livrel sont avant tout des socles sociaux qui nous aident à élaborer une pensée, une sensibilité, une culture. À ce titre, les extensions sonores, photographiques ou vidéographiques, voire hypertextuelles et paratextuelles, font partie intégrante du livrel – et du livre tant que le support peut soutenir de tels moyens d’expressions.<br />
D’ailleurs c’est parce qu’on est chez soi, en ligne, l’ordi étant le moyen d’écriture et de lecture, son bureau étant déporté à l’écran, que les usages tendent à la gratuité des services et des biens acquis sur le Net. Il est donc logique que le prix des livres, on l’a évoqué, tende vers un très bas prix. L’un des moyens consiste même à une vente en amont, par un système d’abonnements, comme un magazine, un journal, un théâtre. Tous les entretiens convergent sur ce point. Jean-Pierre Arbon précise : « il faudrait trouver un moyen de faire payer des contenus alors qu’ils sont gratuits ou tendent à la gratuité. » tandis que Françoise Benhamou se demande avec prudence s’il ne faut pas envisager une licence globale. Sans aller jusque-là, Malo Girod de L’Ain confirme que les communautés doivent à la fois faire évoluer le texte, et susciter un marché en le faisant démarrer. (Malo Girod de L’Ain, fondateur des <a href="http://www.m21editions.com/fr/m2.shtml">éditions M21</a>, M21/FYP éditions, entretien du 17 juin 2009.) Les livres de M21 sont liés à des blogs correspondants, imprimés à la demande, et vendus aux formats numériques sous forme de bouquets, en partenariats avec des éditeurs diffusés par Cyberlibris ou Numilog. Xavier Cazin imagine que les lecteurs relaient l’information, le réseau faisant boule de neige dès que la masse critique est atteinte.</p>
<p>Chacun s’accorde sur le fait que le texte doit être proposé sous forme apparemment gratuite, selon un modèle mixte, l’éditeur devant trouver un équilibre en fonction des usages de son public. Par exemple, « le modèle économique de Cairn est fondé sur un équilibre entre les gratuits et le payant ou l’accès conditionnel. Nous pensons que le Web, dans le domaine culturel, devrait essentiellement fonctionner de cette façon ». (Marc Minon, fondateur de <a href="http://www.cairn.info/accueil.php?PG=START">Cairn.info</a>, portail de revues scientifiques, entretien du 19 mai 2009.) Abonnements et POD semblent être des modèles en place chez Hachette, en cette rentrée 2009. Livre et livrel sont deux versants d’un même texte, pas concurrents, voire identiques. Complémentaires. Parce qu’on écrit en ligne tout en lisant des livres imprimés, qu’on écoute la radio en direct ou en podcast tout en allant au concert, qu’on regarde un film de temps en temps quand bien même on est abonné à plusieurs saisons théâtrales&#8230; C’est un peu comme les niveaux de langue ou la façon de se tenir en fonction des situations. Le livre, le livrel, le blog sont des codes sociaux différents, mais ils coexistent.</p>
<p><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot-ck-et-bob-stein.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot-ck-et-bob-stein.jpg?w=128&#038;h=95" alt="" title="Alain Pierrot, ck et Bob Stein" width="128" height="95" class="alignright size-thumbnail wp-image-642" /></a><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot.jpg?w=128&#038;h=95" alt="" title="Alain Pierrot" width="128" height="95" class="alignright size-thumbnail wp-image-643" /></a><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot-flou.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/alain-pierrot-flou.jpg?w=128&#038;h=95" alt="" title="Alain Pierrot flou" width="128" height="95" class="alignright size-thumbnail wp-image-644" /></a></p>
<p>J&#8217;ai d&#8217;ailleurs échangé quelques mots en public, hier, à Montreuil avec une éditrice d&#8217;Hachette. Le débat était vif, mais vivifiant. La définition de Jean Sarzana et d&#8217;Alain Pierrot est essentielle pour avancer dans la réflexion que toute la profession doit faire autour du livre, qu&#8217;il soit livrel, ou livre imprimé. Les textes, quant à eux, existent, ils sont en ligne postés par leurs auteurs mêmes. </p>
<p>(c) Constance Krebs, 25 novembre 2009.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/amontour.wordpress.com/634/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/amontour.wordpress.com/634/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/amontour.wordpress.com/634/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/amontour.wordpress.com/634/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/amontour.wordpress.com/634/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/amontour.wordpress.com/634/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/amontour.wordpress.com/634/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/amontour.wordpress.com/634/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/amontour.wordpress.com/634/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/amontour.wordpress.com/634/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/amontour.wordpress.com/634/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/amontour.wordpress.com/634/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/amontour.wordpress.com/634/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/amontour.wordpress.com/634/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=634&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">ck</media:title>
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			<media:title type="html">Alain Pierrot et Bob Stein</media:title>
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			<media:title type="html">Alain Pierrot</media:title>
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			<media:title type="html">Alain Pierrot flou</media:title>
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		<title>prendre le risque de se situer</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Nov 2009 22:34:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>arnaudmaisetti</dc:creator>
				<category><![CDATA[edition, litterature, edition numérique, online publishing, librairie, bibliothèque, définition du livre]]></category>
		<category><![CDATA[Arnaud Maïsetti]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[définition du livre]]></category>
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		<description><![CDATA[Amontour s&#8217;ouvre aux auteurs, qu&#8217;ils soient écrivains, philosophes, éditeurs, ou autres. Tous les textes sont validés par mes soins (c&#8217;est la structure du blog qui veut cela). Les premiers auteurs invités sont trois. Ce billet d&#8217;Arnaud Maïsetti inaugure le collectif. Arnaud est le premier à se lancer, on espère qu&#8217;il continuera (vient de m&#8217;écrire qu&#8217;il [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=624&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/PB201143.jpg" alt="soir mort" /></p>
<p>Amontour s&#8217;ouvre aux auteurs, qu&#8217;ils soient écrivains, philosophes, éditeurs, ou autres. Tous les textes sont validés par mes soins (c&#8217;est la structure du blog qui veut cela). Les premiers auteurs invités sont trois. Ce billet d&#8217;Arnaud Maïsetti inaugure le collectif. Arnaud est le premier à se lancer, on espère qu&#8217;il continuera (vient de m&#8217;écrire qu&#8217;il a plein d&#8217;idées dans la caboche pour ce blog &#8211; chic). Son texte sera bien naturellement mis en ligne sur son blog lorsque tout sera réparé. En effet, Arnaud Maïsetti a vu récemment son blog vide, blanc, sans aucun des textes qu&#8217;il y avait écrits. Récit.<br />
ck<br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<br />
ciel mort, jour dérisoire. plusieurs semaines, dans le chaos de ces jours, déménager, aménager, réaménager l&#8217;espace et le temps : et pendant ce temps là, ces pages, blanches, comme une nuit qu&#8217;on n&#8217;aurait pas traversée et derrière laquelle on se tient, sans recours.</p>
<p>mon site depuis plusieurs semaines n&#8217;est qu&#8217;une longue page blanche, tout ce qui j&#8217;y ai écris depuis deux ans, plus parfois, s&#8217;est évanoui quelque part, et impossible d&#8217;en retrouver trace, malgré tous les appels, toutes les tentatives ; lundi, j&#8217;essaie une ultime manœuvre, et si j&#8217;échoue. je ne sais pas encore.</p>
<p>site perdu, ou site quelque part dans un endroit que j&#8217;ignore : je me souviens de la phrase qu&#8217;avait répétée ce professeur tout au long de son cours sur Saint-John Perse : que celui qui écrit prenait la décision de ne pas avoir de site, de ne pas se situer, d&#8217;un côté ou de l&#8217;autre des choses, non pour se dégager de toute position (le relativisme est une chose aussi abjecte qu&#8217;impossible) mais pour avoir à habiter la possibilité de chaque chose &#8211; ne pas avoir de site, faire le geste de les rendre tous possibles, d&#8217;un bout à l&#8217;autre de la langue.</p>
<p>les pages sur lesquelles j&#8217;écris ressemblent à l&#8217;ancien site, mais sont créés de toutes pièces : site vide, je navigue dans un site vide.</p>
<p>site égaré sur la toile, base effacée, écrasée, par concours de circonstances improbable tel qu&#8217;à refaire la succession des choses dans ma tête, je ne parviens pas vraiment à démêler le moment où. la seconde derrière laquelle tout s&#8217;est. sans recours, vraiment ; malgré les conseils reçus, et les manipulations pour ruser avec le démon.</p>
<p>et alors. qu&#8217;est ce qu&#8217;on apprend de cela. la tâche de chaque jour, ce qui s&#8217;est écrit (plus de deux cent pages {incorporées}, j&#8217;aime ce mot, son image) ne s&#8217;est pas vraiment perdu (j&#8217;en garde trace dans ma machine), mais ce qui s&#8217;est enfoui, c&#8217;est leur présence ici, sur la toile : je travaille en ce moment (et on m&#8217;aide) à réinstaller là à l&#8217;identique les choses mortes. comme un corps après un long coma, je ne sais pas comment il réagira, ce qu&#8217;il aura oublié, ce qu&#8217;il aura acquis après réanimation. mais peu importe, au juste.</p>
<p>c&#8217;est le risque qu&#8217;on prend, me semble, nous tous qui choisissons d&#8217;occuper cet espace et de lui parler dans la bouche (&#8220;comme un enfant qu&#8217;on couche, ivre du sang&#8221;), de projeter ainsi sur espace immatériel la matérialité la plus éprouvée de la vie. et on ne sait pas où, les mots qui se posent. et quand ils partent, on ne sait vraiment vers quoi.</p>
<p>nous tous, me semblent, prenons ce risque de la perte, d&#8217;écrire dans la perte possible (et on a beau installer des gardes fous, des sites miroirs, des sauvegardes de base puissantes, des verrous et des codes d&#8217;accès plus sophistiqués qu&#8217;une banque : je crois qu&#8217;on ne saurait être à l&#8217;abri de cela, la perte pure et simple et irrévocable de nos travaux).</p>
<p>bien sûr, la mésaventure que je connais est sans doute due à ma maladresse, de plus aguerris que moi n&#8217;auraient peut-être pas connu ce que j&#8217;endure (et au juste, tout va se rétablir, je l&#8217;espère, en suis convaincu &#8211; simple question de temps) : mais différence de degré, pas de nature.</p>
<p>qu&#8217;on prenne le risque de ce territoire-là (et pour bien nombre d&#8217;entre nous, ce n&#8217;est pas un choix, mais question de survie au-delà) et c&#8217;est ce risque-ci également qu&#8217;on accepte : de la perte, totale, et définitive.</p>
<p>ce qu&#8217;on a écrit, les mots et leur alignement, resteront (dans nos machines, sur des disques, des clés, quelque part physiquement situé), mais nos sites ne sont pas le supports de nos travaux, je crois, mais l&#8217;agencement même qui leur donne sens. si on essaie, autant que faire ce peu, de se rendre nous-mêmes concepteurs de nos espaces, et si on n&#8217;utilise pas telles quelles les plate-formes clés en main qu&#8217;on nous fournit,  mais qu&#8217;on les modifie à la hauteur de nos désirs et de nos possibilités, c&#8217;est parce qu&#8217;on considère que cet espace est aussi la langue dans laquelle on se projette, et aussi {de la langue} qu&#8217;on manie, qu&#8217;on plie, qu&#8217;on creuse.</p>
<p>c&#8217;est le tuyau dans lequel on souffle, et le souffle, et la voix et son timbre : et les mots et le sens de chaque mot nommé, et l&#8217;écho qu&#8217;on reprend, le branchement continu sur tous les mots du monde jusqu&#8217;au dernier.</p>
<p>alors qu&#8217;on perde son site, comme moi, et ce qui se perd, c&#8217;est tout cela à la fois. la théâtralité c&#8217;est le théâtre moins le texte, écrit Roland Barthes. un site internet, pour nous qui essayons lui donner forme de langue et tache de nomination du monde, c&#8217;est l&#8217;écriture moins les mots.</p>
<p>pas de regret, cependant, à prendre le risque. on joue plus que nos vies, on peut perdre davantage aussi. mais ce qu&#8217;on gagne à s&#8217;y risquer tient dans l&#8217;échange constant du réel, dans sa réinvention et sa résistance.</p>
<p>Saint-John Perse gardera toujours le souvenir de cette image : à l&#8217;arrivée à Pau, toute la famille débarquée des Antilles, les malles où était contenue toute la bibliothèque du père ont pris l&#8217;eau pendant la traversée. dans la cour, répandues, les pages moisies, les couvertures humides, le papier illisible, l&#8217;odeur âcre. le père qui pleure, et le fils qui comprend quelque chose de la perte, et qui saura retenir pour toujours le dégoût pour les objets qui enferment la pensée, qui portent germe de pourriture. le livre doit toujours être chose qui va, qui s&#8217;emporte, et emporte avec lui le monde, jamais objet contenu et contenant, jamais boîte ou réservoir de sens, mais élan, et prise sur le monde, et branchement électrique qui densifie l&#8217;épaisseur de chaque chose : le livre doit toujours être sur le point d&#8217;être écrit dans le mouvement des choses en allées, dans le désir qui ne se fige sous aucune manière. dans la cour, au milieu du désastre, seule couverture épargnée : <em>Les Fleurs du mal</em>.</p>
<p>les pages de mon site, blanches et vides, restent pour le moment lettres mortes. demain, ou ensuite, lundi, mardi peut-être, j&#8217;aurai de nouveau cet espace propre avec traces des anciens textes. peut-être que je serai obligé de les ajouter, l&#8217;un après l&#8217;autre, manuellement, si la réinstallation de la base ne fonctionne pas. tant pis.</p>
<p>on recommencera.</p>
<p>© Arnaud Maïsetti, 20 novembre 2009.</p>
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	</item>
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		<title>Entretien avec Xavier Cazin, diffuseur-distributeur</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Nov 2009 10:46:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ck</dc:creator>
				<category><![CDATA[edition, litterature, edition numérique, online publishing, librairie, bibliothèque, définition du livre]]></category>
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		<category><![CDATA[Xavier Cazin]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet entretien est le 2e de la série d’entretiens que j’ai eu avec quelques personnes depuis longtemps engagés dans l’édition numérique. Qu’ils soient ici remerciés de l’autorisation de mise en ligne de ces textes. Tous les entretiens ici publiés sont liés au rapport Livrel. Xavier Cazin, Immatériel, 27 avril 2009 Xavier Cazin, après des études [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=621&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/xavier-cazin-et-julien-boulnois.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/xavier-cazin-et-julien-boulnois.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" title="Xavier Cazin et Julien Boulnois" width="300" height="225" class="alignnone size-medium wp-image-622" /></a></p>
<p>Cet entretien est le 2e de la série d’entretiens que j’ai eu avec quelques personnes depuis longtemps engagés dans l’édition numérique. Qu’ils soient ici remerciés de l’autorisation de mise en ligne de ces textes. Tous les entretiens ici publiés sont liés au rapport <em>Livrel</em>.</p>
<p><strong>Xavier Cazin, Immatériel, 27 avril 2009 </strong><br />
Xavier Cazin, après des études d&#8217;informatique à Paris VI, a travaillé comme traducteur pendant ses études, avant de devenir éditeur pour Addison-Wesley, International Thomson Publishing, puis directeur éditorial pour <a href="http://oreilly.com/store/">O&#8217;Reilly</a> pendant 11 ans. À la <a href="http://www.editions-oreilly.fr/">fermeture de la filiale</a> française d&#8217;O'Reilly, il a fondé <a href="http://immateriel.fr/fr/statique/historique">immatériel.fr</a> en association avec Julien Boulnois, chargé de l&#8217;informatique chez O&#8217;Reilly.<br />
La principale nouveauté d&#8217;Immatériel, c&#8217;est de proposer des ventes de livres aux bibliothèques par le biais des librairies qui le souhaitent. Une grande première.</p>
<p><strong>4. On va commencer par la dernière question, celle de l&#8217;émerveillement que suppose Internet, cet écran bizarre.</strong><br />
Je suis passé par de nombreuses phases d&#8217;émerveillement depuis l&#8217;avènement de l&#8217;Internet. Ce qui m&#8217;émerveille le plus aujourd&#8217;hui, c&#8217;est que le travail artistique en général et littéraire en particulier ne peut plus se passer des réseaux, car il y puise une partie de sa substance. La littérature et l&#8217;Internet ont maintenant des intérêts communs alors qu&#8217;il y a peu, on ne voyait encore l&#8217;Internet que comme qu&#8217;un ensemble de technologies. Et ce regard sur le monde,  quand il n’est pas inutilement distancié, dessine de nouvelles localités, permet de se constituer un nouveau voisinage. L&#8217;Internet permet de multiplier les interactions, de s’influencer mutuellement, et quand l&#8217;individu se confronte à ce bouillonnement, ça crée de la littérature.</p>
<p>Ce qui permet ça, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est (presque) plus nécessaire de maîtriser la technologie, avec ce que ce mot a de froid, pour échanger avec les autres, pour entrer dans la danse. Aujourd&#8217;hui, les non-techniciens s’approprient un outil qui permet d’appeler des influences diverses, de s’en nourrir, filtrer, absorber, et  reproposer. À partir de peu de choses, quelque chose de personnel s&#8217;élabore : ce dont les gens ont besoin pour exister, c’est de s’influencer mutuellement, et l&#8217;Internet, au point où il en est arrivé aujourd&#8217;hui, permet ça.</p>
<p>On est à l’inverse du blog tel que trop souvent décrit. Le fait de tenir un  journal est le contraire du narcissisme. Le commentaire permet de s’affiner. Que peut-on espérer de mieux que s’affiner et influencer les autres ? C’est important pour se sentir utile. On y gagne même une double postérité parce que les choses qu&#8217;on a produites restent et qu&#8217;on influence ceux qui nous survivrons. Ceux qui comprennent ça sont bien armés pour la suite. </p>
<p>Moi, ancien éditeur technique, qui a publié pendant 10 ans des livres sur les réseaux et la programmation, cette évolution me saute à la figure. On avait le squelette, qui n&#8217;a pas bougé d&#8217;ailleurs, et voici la chair. Ça signe l’époque. C’est gratifiant de nager dans le bouillon de culture qui signe l’époque. On a tous les outils pour construire une mondialisation intéressante. Je serai bientôt en mesure d’influencer chacun de mes concitoyens sur terre et d&#8217;être influencé par eux. </p>
<p>On est à un tournant de l&#8217;Internet où l’on s’enrichit, non pas seulement de la ressource statique découverte ou consommée, mais surtout des personnes qui sont derrière la ressource et de celles qui nous y mènent : l&#8217;Internet crée de la relation entre les personnes. Une expression a fait son apparition récemment : le Web des sujets (par opposition au Web des données). On a aussi envie de parler de Renaissance, parce qu’on renaît chaque jour au contact des autres, parce que leur regard sur le monde vous enrichit.</p>
<p>Le Web des données (web sémantique) ne m’intéresse pas en revanche, sinon comme technique de gestion de base de données. Hiérarchiser les choses a priori est voué à l’échec. En procédant ainsi, on peut être tenté d&#8217;organiser la pensée des autres. Je trouve ces attitudes utilitaristes, voire totalitaires. Je pense que le Web des données servira juste à réorganiser ce qui l&#8217;est déjà. Ce qui m&#8217;intéresse, c&#8217;est le passant qui m’indique le chemin en s’adaptant à son interlocuteur et au contexte. L&#8217;interaction humaine, au lieu d&#8217;ajouter au désordre, augmente la précision de l&#8217;information.</p>
<p>Les réseaux sociaux préparent ça : quelles sont les personnes les plus aptes à me guider, non pas sur l&#8217;Internet, mais dans mes choix personnels ? La littérature est aussi le lieu d&#8217;influences croisées. Que les écrivains contemporains, comme François Bon, s’emparent de cette circulation est libérateur. </p>
<p><strong><br />
1. Qu’est ce qui se détache d’intéressant aujourd’hui parmi les institutions ? </strong><br />
Il faudrait suivre, et même anticiper la réflexion menée aux États-Unis sous le vocable Gov 2.0, qui est née là-bas à la fois de la méfiance naturelle qu&#8217;ont les Américains vis-à-vis de leur administration que des compétences informatiques de l&#8217;administration Obama.  L’institution peut et doit avoir des objectifs de progrès, et des compétences en matière d&#8217;infrastructure. Ensuite, si elle acceptait de dire : « Je vous fournis cette plate-forme, inventez-en les bons usages, je n’ai pas de recommandations spécifiques, il faut seulement qu’il se passe quelque chose, que les gens puissent échanger pour inventer l&#8217;avenir, etc. », l&#8217;institution aurait une vraie place sur le Réseau. Malheureusement l’institution a encore tendance à imposer des choix aux individus pour justifier les dépenses collectives.</p>
<p>Depuis le Web 2.0, les visiteurs que j’accueille viennent sur aussi sur ma plate-forme parce qu’elle est différente. Il ne faut pas être neutre, mais pas non plus se contenter d&#8217;une seule direction. Twitter est le type de plate-forme qui aurait pu être proposée par une institution : chacun peut venir et se l’approprier comme une plate-forme publique.</p>
<p>Je peux, créant Twitter, ou Facebook, interagir et susciter une création. Je suis  réticent à Facebook, j&#8217;ai parfois du mal avec Twitter. Mais l’outil permet aux individus de se dire : « Je suis quelqu&#8217;un de bien parce que je suis reconnu par mes pairs. » De même, WordPress, malgré ses inconvénients de la plate-forme, permet aux individus de partager. Myspace est très moche, mais permet d’échanger. On pourrait imaginer qu’une institution ait mis au point une plate-forme comme ça. C’est le rôle de l’institution. Quel est l’espace public d’aujourd’hui ? ça peut être un jardin, Twitter, ou un réseau de blog, mais pas un zoo qui ne favorise pas l&#8217;échange entre visiteurs. </p>
<p>Si l&#8217;on résume les développements que la Région pourrait proposer : pas de neutralité, favoriser les relations entre les gens en leur permettant de s&#8217;approprier un espace public.</p>
<p>Ce serait logique qu’une institution offre un espace de promenade. Par exemple Google m’inquiète lorsque qu’il demande aux gens de déposer leurs profils. Quand on sait que cette boite vit grâce aux données, ça me gêne. Une plate-forme publique pérenne, non menaçante ; l’État c’est moi puisque je suis citoyen. Donc j’aimerais déposer mes infos sur un espace public que je rends public au moment où je le souhaite et vers qui je le souhaite. C’est ma place citoyenne. « Public » veut dire espace citoyen mais c’est moi qui décide de l’accès. </p>
<p><strong>2. Quels sont les besoins d&#8217;Immatériel ? </strong><br />
Immatériel.fr a d&#8217;abord besoin de ne plus être le seul au sein de l&#8217;industrie de l&#8217;édition à promouvoir le passage à une véritable économie de réseau pour la diffusion de contenu numérique. Nous essayons d&#8217;expliquer aux acteurs de l&#8217;édition que le principal changement induit par le numérique sera ce passage à une économie de réseau (comme les opérateurs téléphoniques ou les banques), qui imposera de se connecter à ses concurrents pour servir correctement ses clients. La mutualisation de ePagine et d&#8217;immatériel.fr par exemple, déjà induite par les tuyaux, est désormais effective. Les défenses commencent à tomber, mais pas encore aux bouts de la chaîne (éditeurs et détaillants). Bien sûr, l&#8217;arrivée prochaine de Google accélèrera cette prise de conscience, mais il est toujours gênant de se faire imposer un système par un acteur qui n&#8217;est pas du métier.</p>
<p>Par ailleurs, Immatériel.fr a besoin de fonds pour embaucher les trois ou quatre personnes nécessaires à son développement, en premier lieu un commercial qui contacte les éditeurs et les libraires pour faire connaître ce qu’on est en droit d&#8217;attendre d&#8217;un véritable distributeur numérique. On a surtout besoin de convaincre les libraires de passer un peu de temps sur la question. Ce qui leur manque c’est de pouvoir mélanger les offres numérique et papier et non plus les proposer séparément : aujourd&#8217;hui, les lecteurs continuent à chercher par titre et par auteur, pas par format ! On a mis en place deux choses : des webservices, qui permettent d&#8217;intégrer notre catalogue aux librairies en ligne, et un système de commande séparé pour les librairies physiques. L&#8217;API d&#8217;Immatériel [ = ensemble de fonctions, procédures ou classes mises à disposition des programmes informatiques par une bibliothèque logicielle, un système d'exploitation ou un service] permet même aux libraires clients d&#8217;ePagine d&#8217;accéder au catalogue d&#8217;immatériel.</p>
<p>Surtout, faire comprendre que l&#8217;édition numérique ne se résume pas à la version PDF ou ePub d’un livre papier. L’abonnement, le bouquet, la licence, peuvent être vendus aux grands comptes (bibliothèques) ou aux particuliers via les libraires, et ça pourrait rapporter aux libraires beaucoup plus qu&#8217;ils ne croient. Et c&#8217;est plus facile de vendre un abonnement que 500 livres papier à la même bibliothèque. </p>
<p><strong>3. Le Motif pourrait-il mettre en place un laboratoire du texte ?</strong><br />
Pourquoi pas? Mais il faut là aussi une API pour permettre aux citoyens et aux autres acteurs de la cité de  venir jouer dans ce bac à sable comme ils l&#8217;entendent. Ce qui est difficile, c&#8217;est d&#8217;attirer des gens qu&#8217;on ne connaît pas <em>a priori</em>. Un designer, un infographiste, un maquettiste, un typographe, un développeur, un imprimeur&#8230;  qui échangent et se proposent éventuellement comme ressources humaines. Vous décrivez vos besoins, qu&#8217;ils soient artisanaux ou industriels, et d&#8217;autres les étudient, voire en réalisent une partie, un peu à a manière du mouvement Open Source; les réalisations sont visibles sur é-motif, elles sont modifiables en commun, par tous, etc. On s’enrichit ainsi. Les outils doivent encourager l’interaction, le partage. Si j’ai tel projet que je me mets dans la file d&#8217;attente, une plate-forme gérée par le MOTif pourrait me relier à des personnes ou des sociétés susceptibles de répondre à mes besoins. La région propose, et les gens sont libres de trouver les <em>modus operandi</em>. </p>
<p><strong>Liens</strong><br />
<a href="http://immateriel.fr/">Immatériel </a>est le diffuseur-distributeur de <a href="http://www.publie.net/">Publie.net</a>, ente autres éditeurs en ligne.<br />
Il travaille en lien avec la plate-forme <a href="http://www.epagine.fr/">ePagine</a>, la plate-forme Eden-Livres dont je n&#8217;ai pas trouvé trace sur la Toile, à part <a href="http://www.edenlivres.fr/p/9782070126354">ceci</a>, par exemple.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/amontour.wordpress.com/621/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/amontour.wordpress.com/621/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/amontour.wordpress.com/621/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/amontour.wordpress.com/621/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/amontour.wordpress.com/621/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/amontour.wordpress.com/621/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/amontour.wordpress.com/621/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/amontour.wordpress.com/621/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/amontour.wordpress.com/621/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/amontour.wordpress.com/621/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/amontour.wordpress.com/621/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/amontour.wordpress.com/621/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/amontour.wordpress.com/621/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/amontour.wordpress.com/621/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=621&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Xavier Cazin et Julien Boulnois</media:title>
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	</item>
		<item>
		<title>Quelles valeurs accorder au livrel &#124; 2</title>
		<link>http://amontour.wordpress.com/2009/11/17/quelles-valeurs-accorder-au-livrel-2/</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Nov 2009 10:54:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ck</dc:creator>
				<category><![CDATA[edition, litterature, edition numérique, online publishing, librairie, bibliothèque, définition du livre]]></category>
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		<description><![CDATA[Un point n’est pas suffisamment clair dans le rapport. J’ai voulu montrer que le don et le contre-don, loin d’être un acte d’échanges simplement gratuits, créent au moins deux types de valeur. Une valeur symbolique, sociale, forte. Une valeur économique qui peut être importante, qui ne suffit pas toujours, mais qui peut aussi être largement [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=609&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/mur-jardin1.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/mur-jardin1.jpg?w=225&#038;h=300" alt="mur jardin" title="mur jardin" width="225" height="300" class="alignnone size-medium wp-image-613" /></a></p>
<p><em>Un point n’est pas suffisamment clair dans le rapport. J’ai voulu montrer que le don et le contre-don, loin d’être un acte d’échanges simplement gratuits, créent au moins deux types de valeur. Une valeur symbolique, sociale, forte. Une valeur économique qui peut être importante, qui ne suffit pas toujours, mais qui peut aussi être largement rentable, dans certains cas (les opérateurs de téléphonie, les moteurs de recherche surpuissants). Dans les deux cas, ces échanges débouchent sur un marché économique, qui peut être celui du livrel.</em></p>
<p>Suite de la <a href="http://amontour.wordpress.com/2009/11/14/quelles-valeurs-accorder-au-livrel/">première partie</a>.</p>
<p>Les livres numérisés ou édités numériquement, que néanmoins j&#8217;appelle livrels pour éviter toute confusion avec les livres imprimés, comme les livres, sont des services d&#8217;échanges intelligents qu&#8217;offre l&#8217;éditeur aux lecteurs. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;offres promotionnelles &#8211; on ne les vend pas avec la verrine assortie ou le coffret designé. On les propose sous différents logiciels de lecture, au même prix. On les vend parfois avec le livre imprimé, selon un tarif qui tient compte davantage du livre que du livrel. C&#8217;est l&#8217;imprimé, dans ce cas-là, qui a valeur marchande. C&#8217;est-à-dire le support.</p>
<p>Il arrive parfois que le livrel, comme le livre, englobe d&#8217;autres choses que le texte seul. Ces éléments sont consubstantiels au texte : illustrations sonores, graphiques, vidéos, ce sont parfois sur ces images ou ces sons que le texte s&#8217;appuie (guide touristique, poème ou beau livre). Le livrel prend alors le sens d&#8217;un texte (ou autre) édité en ligne.<br />
L&#8217;illustration, les illustrations devrais-je dire, sous toutes leurs formes, n&#8217;ont pas moins de valeur symbolique que le texte. Bien souvent, d&#8217;ailleurs, ce sont elles qui ont valeur marchande. Au fond, ce n&#8217;est pas tant le livre qui a une valeur marchande que les services qui l&#8217;entourent. </p>
<p>Du coup, ce qu&#8217;on appelle le livre est un service. On peut considérer que le livrel aussi est un service. Les livrels édités en ligne, comme ceux qu&#8217;éditent le Cléo (revues.org et les blogs Hypothèses), Wikipédia et le site André Breton, sont gratuits. Mais ils ne vivent que si, et seulement si, le public participe à leur élaboration. </p>
<p>Le public ajoute une valeur symbolique à ce service. Les communautés de lecteurs ajoutent une valeur au livrel, à la condition que cette communauté soit encadrée, entourée, validée par une modération critique. Un site, qui est aussi un livrel, ne peut vivre en ligne sans un veilleur, qu&#8217;on l&#8217;appelle auteur, animateur ou webmaster.</p>
<p>Ce livrel peut être gratuit. Il peut aussi avoir une valeur économique marginale. L&#8217;accès aux services qui entourent ce livrel, à une communauté, à une collection qu&#8217;on appelle souvent un &#8220;univers&#8221; diffèrent du coffret ou de la verrine promotionnels. Ils ne sont pas anecdotiques. Ce ne sont pas des biens de consommation, mais des invitations à participer, avec d&#8217;autres, à l&#8217;élaboration d&#8217;autres livrels. Ce sont des échanges intelligents qui invitent à donner un peu de son temps. On vous donne (ou presque) un texte en ligne. Vous contre-donnez une disponibilité. De lecture, comme pour un livre imprimé, mais aussi d&#8217;écriture, de vérification (Wikipédia), d&#8217;interaction, d&#8217;écoute, de visionnage&#8230; </p>
<p>Autant le gadget promotionnel, dont la valeur marchande est en général assez onéreuse, est conçu pour l&#8217;achat impulsif, livre-cadeau sans signification autre que consumériste, sans valeur symbolique. Vide de toute personnalité, toute singularité, toute sensibilité &#8211; désincarné. Il n&#8217;y a ni désir ni plaisir dans ces objets de consommation. On ne peut pas leur consacrer du temps, on ne peut que les prendre, les ouvrir, y goûter en les feuilletant ou les lisant rapidement, et les jeter ou les revendre &#8211; au rabais. Mon frère, lui, les met sur le trottoir. </p>
<p>Autant l&#8217;offre aux accès, aux services qui entourent un livrel, contribue à donner une valeur symbolique au texte. Cette valeur symbolique redonne du sens à notre compréhension du monde. Elle nous implique à nouveau dans la constitution du monde parce qu&#8217;elle nous engage à y participer. Au fond, elle fait prendre au texte une valeur symbolique bien supérieure à toute valeur marchande. Le lecteur vit avec le texte, pour le texte, et de son implication dépend la vie de ce texte dans la durée.</p>
<p>Cette perte de la valeur marchande fait douter les éditeurs et les libraires de l&#8217;intérêt du web. Pas les bibliothécaires. Le gain de la valeur symbolique que permet ce don en échange d&#8217;un contre-don déplace la valeur marchande du livre. Forcément. Il faut donc redéfinir le livre en fonction des nouveaux types d&#8217;édition. Sans décalque, mais en fonction de ce qui déroule. Regardons les lecteurs, observons-les. Sont-ils sagement installés sous la lampe à lire en silence ? Non, ils sont face à l&#8217;écran, à écrire et à lire alternativement. Silencieux, et actifs.</p>
<p>Les maisons d&#8217;édition en ligne, qu&#8217;il s&#8217;agisse de Publie, de Cléo, de Wikipédia et du site André Breton ne sont envisageables que si des aides leurs sont accordées. Par subventions, bourses, mécénat, dons en temps ou préventes. Mais de nombreuses maisons d&#8217;édition en dur fonctionnent de la même façon. Les romans traduits ne sont publiés qu&#8217;après l&#8217;obtention d&#8217;une bourse de traduction, les ouvrages sur le chocolat que si une firme achète une certaine quantité d&#8217;exemplaires, les beaux livres s&#8217;ils sont liés à un office du tourisme, une exposition, un événement, les recueils de poésies si le poète perçoit une bourse, etc.</p>
<p>Les différences entre Publie et les maisons d&#8217;édition en dur tiennent seulement dans la masse salariale. La masse salariale de publie.net est constituée d&#8217;auteurs bénévoles qui participent à l&#8217;entreprise coopérative. Donnant de leurs compétences de lecteurs, de leur temps, de leur énergie ils sont remerciés par un accès plus facile à une bourse d&#8217;entreprise, à une résidence ou à une mise en circulation dans un réseau, dans une communauté d&#8217;auteurs &#8211; d&#8217;aucuns diraient dans un cercle. Comme chez tant d&#8217;éditeurs fédérateurs, chez tout groupe d&#8217;artistes. La valeur symbolique du texte, en évoluant dans le temps, se mue peu à peu en valeur marchande, économique. Tel cercle, telle prescription, tels auteurs, tels lecteurs participent à l&#8217;élaboration de cette valeur. </p>
<p>Au fond, l&#8217;usage ne change pas. Il évolue dans un univers plus ouvert sur le monde public que ne l&#8217;est l&#8217;atelier, le bureau d&#8217;une revue du XIXe siècle et, de ce fait, plus rapide. La seule différence réside dans le fait que le lecteur y participe. Sa seule participation naïve, au sens noble du terme c&#8217;est-à-dire apparemment candide, mais en réalité sensible et cultivée, crée de la valeur en prescrivant, en intervenant, en indiquant, en veillant pour d&#8217;autres. Tel lecteur, sans le savoir, ou le sachant, participe à la communauté de Publie.net. Il repère des blogs inédits, il les partage, lit les oeuvres publiées, les commente, les partage à leur tour. Publiquement sur les réseaux et dans l&#8217;intimité de son blog. Il est lecteur et électeur. Il participe à la communauté. Parce qu&#8217;il écrit, comme lecteur.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas tant le livre (support) ou le texte (oeuvre) qui se modifie, c&#8217;est la relation que le lecteur a avec cette oeuvre. Cette relation est basée sur l&#8217;écriture, l&#8217;interjection, le commentaire critique amateur. Le silence est de mise dans les maisons, les bureaux, les biblios; devant les écrans. Pourtant on perçoit le bruit des autres, leurs pensées, sentiments, réflexions. La lecture se développe parce que la relation se déplace. Lecteur et auteur sont quasi face à face. Non pas frontalement mais dans un échange sensible. Épistolaire pas tout à fait, critique de manière désinstitutionnalisée, social certes, et plus profondément qu&#8217;avant. Je lis, je commente à la suite du texte, sur les réseaux ou sur mon blog &#8211; et, contrairement à ce que j&#8217;aurais pu en dire lors d&#8217;un dîner en ville, par le biais de ce commentaire à la fois personnel, sociable, et public, ce moi lecteur instaure une relation sociale directe avec l&#8217;oeuvre. Cette relation à l&#8217;oeuvre est visible, publique, au même titre que l&#8217;oeuvre. C&#8217;est cela qui est nouveau, et qui contribue à la valeur de l&#8217;oeuvre. C&#8217;est la nécessaire barrière critique dont parle Eco, qui fait rempart contre la barbarie. En outre, la vitesse du Net donne de la force à ce texte, à ces liens, à ce rhizome constitué autant de ces lectures que des textes d&#8217;auteurs.</p>
<p>Le lecteur, écrivant, rentre en contact avec l&#8217;oeuvre. Au plus près. Il interpelle l&#8217;auteur qui peut, s&#8217;il le souhaite, réagir. La relation peut alors être perçue comme unique entre l&#8217;auteur et le lecteur (c&#8217;est le syndrome midinette du lecteur, et ça arrive), mais elle est toujours multiple et protéiforme. Le texte ainsi commenté prend son envol, se diffuse auprès des lecteurs du lecteur qui écrit. Il prend de la valeur grâce à la relation sociale rendue publique par le commentaire du lecteur, publiée par le lecteur.</p>
<p>Banalités. Là où je veux en venir : la masse salariale &#8220;poétique&#8221; de Publie.net n&#8217;est possible que si elle est constituée d&#8217;auteurs ou de blogueurs qui trouvent ainsi moyen de reconnaissance en contre-don. La reconnaissance consiste en deux choses principales. L&#8217;une vise à vendre davantage de livrels parce que, se situant dans le premier cercle, s&#8217;y impliquant, on a plus de chances de voir ses textes intéresser la communauté élargie de la maison d&#8217;édition en ligne. L&#8217;autre permet,après s&#8217;être fait connaître d&#8217;un premier cercle de lecteurs en ligne, de se faire connaître d&#8217;un deuxième cercle, celui de lecteurs de livres imprimés. Qui sont parfois éditeurs. Ou de postuler, avec tout le sérieux que réclame cette entreprise, à une bourse, une résidence, une subvention ou un mécénat d&#8217;entreprise. Le jeu des réseaux, du rhizome, se renforce par une présence en ligne qui, à ce jour, doit se travailler pour être créatrice de valeur. </p>
<p>Publie vise sans doute cela : redonner à l&#8217;auteur la valeur dont le système marchand de l&#8217;offre et de la demande l&#8217;a dépossédé. Confirmer sa valeur symbolique : l&#8217;auteur n&#8217;est auteur que lorsque la relation sociale entre l&#8217;oeuvre et le lecteur se joue. Lui offrir une valeur économique : dès lors que l&#8217;auteur est reconnu socialement comme tel, cette reconnaissance doit être exponentielle, ou du moins, démultipliée, connue, et l&#8217;auteur doit pouvoir bénéficier d&#8217;une juste rémunération de ses oeuvres. Ventes, bourses, mécénat, tout se partage. Le travail de l&#8217;éditeur consiste à choisir, propulser, calculer afin de rétribuer l&#8217;auteur, de donner à l&#8217;oeuvre une valeur de plus en plus grande dans le temps. </p>
<p>Ce système ne fonctionne que si ce sont les auteurs qui oeuvrent bénévolement à l&#8217;élaboration de la maison d&#8217;édition. C&#8217;est vrai aussi pour Revues.org. La valeur est donnée aux chercheurs et à leurs travaux. Ce sont donc les auteurs qui vont contribuer à donner de la valeur à une maison d&#8217;édition. La valeur symbolique qui existe déjà pour les livres, est renforcée par les livrels ainsi diffusés. La valeur marchande, qui se constitue et se renforce au cours du temps, provient enfin de l&#8217;auteur des oeuvres. Pas du support.</p>
<p>Constance Krebs, 17 novembre 2009.</p>
<p>P.-S. Il existe d&#8217;autres modèles, basés sur le seul réseau de commentaires et de wikis, avec un financement de départ qui peut être un investissement (Wikipedia), un mécénat (André Breton). Mais ce sont les participants qui en sont alors les auteurs. Le modérateur ne fait que trier. Son rôle est néanmoins essentiel. On en discute, contributeurs et lecteurs ?</p>
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		<title>Quelles valeurs accorder au livrel ?</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Nov 2009 08:18:08 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Un point n&#8217;est pas suffisamment clair dans le rapport. J&#8217;y reviens donc aujourd&#8217;hui pour le séminaire de Michel Bernard à Paris 3 où j&#8217;ai le plaisir d&#8217;intrvenir à l&#8217;invitation de Michel. Et que vous pouvez suivre sous Skype en vous connectant à &#8220;hubertdephalèse&#8221; entre 10 et 12 heures, heure française. J&#8217;ai voulu montrer que le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=603&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un point n&#8217;est pas suffisamment clair dans le rapport. J&#8217;y reviens donc aujourd&#8217;hui pour le séminaire de Michel Bernard à Paris 3 où j&#8217;ai le plaisir d&#8217;intrvenir à l&#8217;invitation de Michel. Et que vous pouvez suivre sous Skype en vous connectant à &#8220;hubertdephalèse&#8221; entre 10 et 12 heures, heure française.</p>
<p>J&#8217;ai voulu montrer que le don et le contre-don, loin d&#8217;être un acte d&#8217;échanges simplement gratuits, créent au moins deux types de valeur. Une valeur symbolique, sociale, forte. Une valeur économique qui peut être importante, qui ne suffit pas toujours, mais qui peut aussi être largement rentable, dans certains cas (les opérateurs de téléphonie, les moteurs de recherche surpuissants). Dans les deux cas, ces échanges débouchent sur un marché économique, qui peut être celui du livrel.</p>
<p>À l&#8217;inverse, le décalque du marché actuel du livre n&#8217;est pas transférable sur le marché du livrel. Si on le transfert en décalque &#8211; comme à l&#8217;aide d&#8217;un papier transfert, sans création de communauté d&#8217;échanges -, ce marché transposé tel que ne peut pas fonctionner sans valeur supplémentaire. Les éditeurs ont donc raison de se méfier de ce changement.<br />
1. Ils ont bien conscience que la gratuité ou prétendue telle est de mise sur la Toile.<br />
2. Ils n&#8217;ont pas en mains toutes les cartes pour la constitution de réseaux (même si cela vient vite).<br />
3. Des formations sont donc indispensables pour appréhender les usages d&#8217;un marché en cours de constitution.</p>
<p><strong><br />
Questions que je me pose :</strong><br />
D’ou provient la valeur symbolique d’un livre, celle d’un livrel ?</p>
<p>Peut-on faire fonctionner une structure éditoriale, rémunérer les auteurs, à partir de la seule valeur symbolique ? Autrement dit, comment transformer cette vaelur symbolique en une valeur économique ?</p>
<p>Comment rendre cette valeur symbolique viable économiquement ? Quel équilibre peut-il se créer dans ce partage de rémunération entre éditeurs, fournisseurs et prestataires, auteurs ?</p>
<p><strong><br />
1. L’auteur écrit un texte, l’éditeur publie un livre.</strong><br />
Pour le papier, l’auteur écrit des romans, poèmes, pièces, essais, guides, voire un livre pratique, qui est surtout un texte à écrire.</p>
<p>En ligne, l’auteur continue à écrire un texte (htx, communauté, etc.).<br />
L’éditeur, s’il épouse les nouvelles formes que prend le livrel, peut lui apporter une valeur marchande, et symbolique. Il importe donc de définir le livre pour bien en comprendre les enjeux professionnels.</p>
<p>Les livres diffèrent, ainsi que leur valeur symbolique : Quand ils sont numérisés platement (PDF, EPUB) leur valeur symbolique est quasi nulle ; quand ils sont édités numériquement (PDF, EPUB, XHTML, XML, MD Onix ou autres) ils sont interopérables, archivables, leur valeur symbolique est monnayable pour des questions de diffusion internationale et de pérennité ; et quand ils sont édités en ligne (HTML, PHP/MySQL, Java, Flash, XML, MD Onix, autres formats, autres langages, surtout une comunauté et des liens, etc.) leur valeur se développe avec leur vie, qui s’étend au fur et à mesure des liens et des extensions des réseaux.</p>
<p>Le livre n’est plus clos, il est ouvert, il est dynamique et interactif. C’est un organisme vivant. Le livre, et pas uniquement le texte. Le texte reste le texte, c’est-à-dire, selon le <a href="http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/saveregass.exe?87;s=3609753225;r=1;;">TLFi </a>, une « suite de signes linguistiques constituant un écrit ou une œuvre ». Quant au livre, selon le même <a href="http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?126;s=3609753225;r=2;nat=;sol=4;">TLFi</a>, c’est un « assemblage de feuilles en nombre plus ou moins élevé, portant des signes destinés à être lus ».</p>
<p>Les éditeurs ont donc raison de se méfier. le livre, comme décalque, risque de dégrader la valeur marchande du texte même. Parce que le Net révèle, aux yeux des profanes, la valeur du texte en la séparant de la valeur du livre.</p>
<p><strong>2. On achète le support. L’oeuvre est gratuite ou quasi.</strong><br />
Éditeurs, libraires, bibliothécaires et lecteurs ne parlent du texte qu’à travers le livre. Alors que, dès 1995 en gros, le texte s’est détaché de son support principal. Il vit indépendamment du livre. Texte et livre sont désormais une oeuvre et un support, stricto sensu, tels que les dictionnaires les définissent.</p>
<p>Cette confusion des genres, que nous faisons tous, amène le lecteur du Net à ne pas reconnaître de valeur marchande au texte seul. Il aime, comme nous tous, l’objet pour lequel il est prêt à payer (il est d’ailleurs prêt à acheter une tablette, un ordinateur, un téléphone mutlitâche). </p>
<p>La confusion que le marché a entretenue (prix du livre de poche <em>vs </em>prix de l’édition grand papier ou de l’édition illustrée d’un roman classique, par exemple) amène assez naturellement à cet état de fait.</p>
<p>Cette confusion entre la valeur du texte et la valeur de son support ne dépend pas de la Toile. La Toile révèle l’absurdité d’usages économiques : l’odeur du papier, la valeur marchande de l’objet, le prix du support plutôt que le prix de l’oeuvre.</p>
<p>La confusion date de plusieurs décennies, plusieurs siècles, entre le livre et le texte. Le Net n’offre souvent que le texte. Il n’y a donc aucune raison pour que ce texte soit payant.</p>
<p><strong>3. Il faut redonner du sens, de la valeur, à l’oeuvre.</strong><br />
Pour cela, on peut choisir de forcer l’économie en imposant une valeur marchande au texte (70 % du prix du livre imprimé pour le livrel). Mais il y a peu de chances pour que des usages installés depuis des siècles se modifient.</p>
<p>On peut choisir de suivre les usages en vendant le livrel à 30 % du prix du livre, soit environ 6 euros HT, en tentant de redonner une valeur marchande au texte. C’est une rupture d’usage, petite mais réelle, et l’on n’est pas certains qu’elle fonctionne. J’y reviendrai dans la seconde partie.</p>
<p>On peut aussi accepter que la valeur marchande essentielle provient d’un livre. Dès lors, qu’est-ce qu’un livre sur le Net ? Que permet le support ?</p>
<p>Dans une <a href="http://amontour.wordpress.com/2009/11/17/quelles-valeurs-accorder-au-livrel-2/">deuxième partie</a>, j’aborderai un des différents modèles d’édition (publie, cléo, site andré breton).<br />
Constance Krebs, 14 novembre 2009.</p>
<p>P.-S. Ce que vous venez de lire, c&#8217;est le texte que j&#8217;avais préparé. Mais on n&#8217;a pas parlé de ça. On a repris la présentation orale du rapport, dont le texte est en ligne <a href="http://amontour.wordpress.com/2009/10/20/presentation-du-rapport/">ici</a>, que j&#8217;ai relu en commentant. Pour ceux qui n&#8217;étaient pas connecté à Skype, en live, voici <a href="http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/documents/Seminaire20092010.html">la conférence en différé</a>, avec Michel Bernard pour les notes de bas de pages, l&#8217;environnement technique et la prise de son. Faut tout faire, quand on est professeur de lettres.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/amontour.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/amontour.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/amontour.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/amontour.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/amontour.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/amontour.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/amontour.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/amontour.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/amontour.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/amontour.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/amontour.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/amontour.wordpress.com/603/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/amontour.wordpress.com/603/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/amontour.wordpress.com/603/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=603&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Entretien avec Arnaud Maïsetti, écrivain</title>
		<link>http://amontour.wordpress.com/2009/11/10/582/</link>
		<comments>http://amontour.wordpress.com/2009/11/10/582/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2009 08:59:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ck</dc:creator>
				<category><![CDATA[edition, litterature, edition numérique, online publishing, librairie, bibliothèque, définition du livre]]></category>
		<category><![CDATA[Arnaud Maïsetti]]></category>
		<category><![CDATA[auteur]]></category>
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		<category><![CDATA[littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Cet entretien inaugure la série d&#8217;entretiens que j&#8217;ai eu avec quelques personnes depuis longtemps engagés dans l&#8217;édition numérique. Qu&#8217;ils soient ici remerciés de l&#8217;autorisation de mise en ligne de ces textes. Tous les entretiens ici publiés sont liés au rapport Livrel. Arnaud Maïsetti, 6 mai 2009 Arnaud Maïsetti écrit. Ses premiers textes ont été publiés [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=582&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/rhizome-les-iris.jpg"><img src="http://amontour.files.wordpress.com/2009/11/rhizome-les-iris.jpg?w=300&#038;h=225" alt="Rhizome, les iris." title="Rhizome, les iris." width="300" height="225" class="alignnone size-medium wp-image-598" /></a></p>
<p>Cet entretien inaugure la série d&#8217;entretiens que j&#8217;ai eu avec quelques personnes depuis longtemps engagés dans l&#8217;édition numérique. Qu&#8217;ils soient ici remerciés de l&#8217;autorisation de mise en ligne de ces textes. Tous les entretiens ici publiés sont liés au rapport <em>Livrel</em>.</p>
<p><strong>Arnaud Maïsetti, 6 mai 2009</strong><br />
Arnaud Maïsetti écrit. Ses premiers textes ont été publiés dans la collection Déplacements que François Bon a dirigé au Seuil avec Bernard Comment avant de lancer Publie.net – où Arnaud Maïsetti l’a suivi.</p>
<p><strong>A. M. : </strong>Publie.net est une coopérative d’auteurs, au sens où aujourd’hui tout est convergence et rhizome. Il n’y a plus de hiérarchie. Il n’est plus question d’un père et de ses enfants, ou d’une figure et d’épigones, il y a un noyau de convergence et des relations, virales. Il n’y a plus de verticalité. François Bon applique ça à tout. C’est une manière de mettre en relation les gens. L’un rencontre l’autre au niveau de la charge symbolique que son travail représente. La légitimité vient dès lors d’une pratique et non pas d’un statut, de la pratique et non pas du statut. D’où l’importance du rhizome. Le travail est valide parce qu’il est visible. Sinon, ce n’est pas la peine. Chaque travail effectué doit donc être visible en ligne. C’est la raison pour laquelle, même les recherches universitaires, dans leur magma, doivent être visibles en ligne.<br />
L’institution ? Je n’ai pas de relation avec les maisons d’édition, qui sont des institutions, mais avec l’éditeur, et c’est une relation de travail. Sinon, je n’ai aucune relation avec ce que préconise les institutions  taux de TVA, DRM, prix unique du livre&#8230; Tout ça, ce sont des combats d’arrière garde. Ils ont déjà perdu. Au XVIIe siècle, l’enjeu des droits d’auteur était un enjeu de propriété : à qui appartenait l’œuvre ? Dans un siècle où le théâtre dominait culturellement et économiquement, la question était étroitement liée au rôle social et aux codes législatifs du théâtre. À l’époque, la pièce appartient à la troupe qui la joue – non à l’auteur qui l’a écrite : Corneille, le premier, tente d’imposer le droit d’auteur avec l’idée du droit moral du créateur sur son œuvre : pour cela, il tente de publier ses pièces – ce faisant, l’œuvre devient propriétaire de l’imprimeur. Il faudra attendre un siècle et Beaumarchais pour que le droit d’auteur soit véritablement conçu pour l’auteur – mais le texte reste (encore aujourd’hui) propriété de l’éditeur. Si l’auteur est le garant moral (le mot auteur est directement issu du latin auctor, qui veut dire « garant »), l’éditeur est le véritable propriétaire légal de l’œuvre, c’est lui qui en dispose comme il l’entend (et même soixante-dix ans après la mort de l’auteur, en France…) – les combats qui me semblent utiles à mener portent d’ailleurs précisément sur ces points : l’auteur peut-il être enfin le propriétaire de son œuvre ? C’est-à-dire : aura-t-il, un jour, la possibilité de disposer comme il l’entend de son texte ? Si un auteur veut sortir son œuvre du circuit commercial, l’amender, l’augmenter, en proposer une version numérique (etc.), il le peut, mais doit pour cela demander l’autorisation à son éditeur – qui inclut bien souvent des closes limitant l’usage du texte par son auteur. C’est cet usage du texte, libre et total, que l’auteur doit aujourd’hui s’efforcer de gagner : c’est à un tel usage libéré du texte auquel je rêve. </p>
<p>Barthes indique assez clairement la mort (même si en grande partie dans son esprit symbolique) de l’auteur. L’auteur meurt de ce qu’il écrit, dit aussi Blanchot, c’est le principe de la tache aveugle.  Dès lors, ce qui compte, ce n’est finalement pas l’auteur, mais le texte : le texte, lui, demeure, quoi qu’il arrive, vivant de ce qu’on le lit, encore et encore. Libéré le texte de son auteur, faire de son usage, un usage libéré de la lecture, c’est également la grande tâche qui nous attend.<br />
Pour en revenir à l’auteur, et aux problèmes des droits d’auteur, ceux-ci ne doivent pas à mon sens se limiter aux seuls revenus des ventes de ses livres : un auteur ne peut être tributaire des ventes de son œuvre, non pas seulement parce que les ventes s’érodent aujourd’hui, mais parce qu’il en va de son statut moral, de son rôle, de son activité. Un auteur devrait donc pouvoir vivre par exemple de lectures payantes, rémunérées, comme on rémunère les acteurs de théâtre, comme en Allemagne.<br />
Les institutions auront toujours tort sur les pratiques. Pourtant, elles s’y mettent, parce que les éditeurs ont conscience aussi que la valorisation de la figure de l’auteur (par ces lectures, ces interventions…) auront pour corollaire la valorisation (et pas seulement financière) du livre, de l’écrit, et finalement de la pensée : c’est pourquoi, les maisons d’édition prêtent de plus en plus une oreille attentive à tous ces processus d’ouverture qui pourraient permettre de ne pas limiter les revenus de l’écrivain aux seuls droits d’auteur – par exemple, Thierry Pech, au Seuil, est ouvert. Les hommes d’affaires s’emparent de ce mode d’édition contraire au capitalisme et, un jour, l’équilibre se fera. </p>
<p><strong>C.K.</strong> Quels sont les besoins d’un auteur en ligne ?</p>
<p><strong>A.M. </strong> Les besoins sont en partie technologiques, il faut sans cesse refondre le site. Pour cela il faut de la patience, de la pratique, de la persévérance. Pour les enfants, qui sont nés avec Internet, ce sera tout simple, mais pour nous&#8230; C’est une dynamique. Quand les digital natives s’empareront véritablement de l’outil numérique, Internet va prendre une dimension supérieure, et nous serons bien forcés de suivre ! Et en même temps, on se heurte à notre impuissance. De même quand on écrit, on construit avec nos bornes – on construit nos phrases avec un réservoir fini de mots, de même construit-on nos sites, avec un réservoir fini de compétences techniques : mais ce qui compte, ici comme là, c’est d’éprouver nos limites, pour en faire notre territoire. La technologie nous pousse à aller jusqu’à l’extrême limite de notre impuissance. Il faut tout tenter ; on apprendra de tout ça. Il faut donner à l’erreur sa grande chance. Il ne faut pas attendre qu’on nous impose l’outil : il faut nous rendre maître et possesseur de l’espace dans lequel on parle : si nous ne le faisons pas, dans quelques années, ce sera des géants industriels (type amazon, google, microsoft ?) qui s’empareront de ces outils et les formateront pour leurs besoins – et non les nôtres. Il faut dès aujourd’hui que les auteurs façonnent ces espaces (leur site, etc.) parce qu’il est fondamental que l’espace soit occupé lorsque ces géants voudront l’investir.. Que ce soit les gens du milieu qui réfléchissent à ça est même vital. Agissons localement. Une sensibilité technique, très étonnante, apparaît. La langue est un outil. Construire un site, c’est construire un espace. Deleuze et Guattari disaient qu’il fallait trouver un endroit pour vivre et y mourir. La déterritorialisation du Net, son absence de territoire réel, permet justement de trouver partout un espace pour vivre, pour écrire.</p>
<p>Internet, c’est un milieu, non au sens d’endroit stable, d’entre-deux consensuel, mais en terme d’espace de relation, d’échange – au sens où l’emploi Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux : « C&#8217;est que le milieu n&#8217;est pas du tout une moyenne, c&#8217;est au contraire l&#8217;endroit où les choses prennent de la vitesse. Entre les choses ne désigne pas une relation localisable qui va de l&#8217;une à l&#8217;autre et réciproquement, mais une direction perpendiculaire, un mouvement transversal qui les emporte l&#8217;une et l&#8217;autre, ruisseau sans début ni fin, qui ronge ses deux rives et prend de la vitesse au milieu. » Internet, pour la création littéraire du moins, c’est à la fois le lieu de l’échange et sa vitesse, c’est à la fois l’outil qui met en relation, et l’articulation des mondes qui fondent la relation.<br />
C’est cela qui est merveilleux. Je n’ai jamais rencontré autant de gens, autant de travaux qui me correspondent. Musique, livres, j’ai soudain accès à une richesse culturelle sensible, esthétique&#8230; Internet n’est pas un espace de la solitude et du renfermement : c’est celui de la relation, totale, immédiate, constante. La solitude est celle du travail, de l’élaboration lente et personnelle de sa langue : la relation est ce qui donne sens, littéralement, à ce travail, à cette langue qui nous permet de reconnaître et de partager le monde. C’est un monde entre, qui crée la relation : L’art, c’est ce qui rend la vie plus belle que l’art. Eh bien, le Net c’est ça. Je suis passionné par Koltès, Walter Benjamin, Paul Klee. Chez les trois, la rencontre est une pratique, et cette pratique est engagée dans un rapport au monde, dans un rapport au corps. Cette rencontre avec des pratiques qui me sont essentielles, je la fais sur la Toile. Pour terminer, je citerai cette phrase de Koltès (qui n’a pas connu Internet), pour dire combien c’est un formidable espace de réappropriation du monde, immense page blanche où tous nous avons la charge, par des moyens tous différents, de raconter un peu le récit de ce monde : « Pour ma part, j’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous. » Cette tâche, Internet nous permet de l’endosser parce qu’il est plus qu’un instrument qui nous permet de raconter, il est l’interface où la reconnaissance se fait, et l’appartenance et le partage. </p>
<p><strong>Liens</strong><br />
Carnets, son blog, à lire et à relire (erreur 404 le jour où je met en ligne ce billet).<br />
Chez Publie.net : <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article124">Anticipations</a>, 2009 ; un essai sur Bernard-Marie Koltès, <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article65">Seul, comme on ne peut pas le dire</a>, 2008.<br />
Aux éditions du Seuil, dans la collection Déplacements, Où que je sois encore&#8230;, 2008<br />
Aux éditions de La Nuit Myrtide, <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article230">La Mancha</a>, avec J. Liron, 2009 (repris sur Publie.net, en septembre 2009)</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/amontour.wordpress.com/582/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/amontour.wordpress.com/582/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/amontour.wordpress.com/582/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/amontour.wordpress.com/582/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/amontour.wordpress.com/582/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/amontour.wordpress.com/582/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/amontour.wordpress.com/582/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/amontour.wordpress.com/582/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/amontour.wordpress.com/582/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/amontour.wordpress.com/582/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/amontour.wordpress.com/582/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/amontour.wordpress.com/582/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/amontour.wordpress.com/582/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/amontour.wordpress.com/582/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=amontour.wordpress.com&amp;blog=2043729&amp;post=582&amp;subd=amontour&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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