Bookcamp 2 | une forge

La Poule et l’OEuf, autrement nommés les Complexes, ont fait venir François Elie, pour présenter sa forge, adullact.org. Une forge est une association de développeurs en vue de créer une communauté d’utilisateurs autour d’un logiciel libre et ouvert. Firefox, Drupal, Lodel, Zotero sont montés à partir de forges.

La forge de François Elie est particulière dans le sens où elle associe plusieurs logiciels libres en vue de créer une seule masse critique. Cette masse critique rassemble suffisamment de logiciels libres pour mettre en contact leurs utilisateurs-clients avec autant de développeurs. C’est une forge verticale, en quelque sorte. Internet coûte plus cher qu’on ne le voudrait. Une forge demande des compétences. S’associer pour travailler à faire valoir ses compétences en démarchant auprès de clients institutionnels permet aux développeurs d’être rémunérés par les institutions.

En effet, la première demande d’un client est prise en compte, développée et vendue à ce client, à la condition que d’autres puissent utiliser cette fonction web. Aussi la rémunération du développeur est-elle réelle, l’emploi créé tandis que le prix de vente n’est effectif qu’au premier client. Pour les suivants, le logiciel est gratuit. On ne paye qu’une fois.

L’objectif vise qu’en face, le client s’associe avec d’autres (concurrents ou partenaires) afin de faire développer un logiciel qui soit utile à tous. Le développement s’organise en groupes de travail, virtuel, comme sur tous les logiciels libres que nous connaissons. Pourquoi Adullact au Bookcamp? Parce que ce serait rudement bien si les éditeurs, les libraires, les bibliothécaires mutualisaient leurs fonds pour développer un logiciel dont ils auraient besoin. A la suite de quoi, ce logiciel serait disponible gratuitement, ou à très bas prix, pour les petits camarades qui voudraient l’utiliser. Leurs présences permettent de développer le logiciel vers d’autres usages. Aussi, le premier à bouger ne doit pas bouger seul. Il doit bouger avec les autres.

Les outils proposés visent à ce que les éditeurs s’approprient les outils, avec un ticket d’entrée à moindre coût. Ils émettent des demandes de logiciels métiers. Soit. L’idée est excellente, mais il manque un maillon. Difficile pour l’éditeur de mutualiser ses fonds avec d’autres pour développer un outil qui à l’origine est forgé, justement, dans le secret de l’atelier. Un éditeur ne s’adresse pas directement à un informaticien. Il s’adresse au pire à l’imprimeur ou au compositeur qui fait entrer en jeu ses propres intérêts. Au mieux à un consultant informatique. Mais le consultant informatique, pour l’éditeur, est un peu comme un garagiste pour le conducteur : il ne sait jamais si l’homme de l’art est compétent. Il sait seulement que la facture est exorbitante, qu’il ne comprend rien, que tout ne fonctionne pas selon ses souhaits forcément. Surtout un éditeur aime bien que le logiciel soit développé en secret.

Un éditeur a besoin d’être conseillé pour trouver le bon informaticien, le bon développeur, le bon outil, ouvert, interopérable et si possible, gratuit. L’idéal serait un maillon entre la partie de la forge Adullact qui sera vouée aux professionnels du livre et du texte et lesdits professionnels du livre et du texte qui souhaiteraient s’ouvrir au numérique. Le numérique ne suffit pas, il faut se constituer en réseau. C’est cela qui importe aussi. Comment évaluer le coût d’un logiciel d’archivage? Vers quelles normes ce logiciel doit-il tendre pour être interopérable? La forge de François Elie existe depuis 2003. Elle travaille, sur l’archivage, avec la Direction des Archives de France. Il y a toutes les chances pour que les normes OAI-PMH soient respectées. On l’espère.

Le maillon consisterait à mettre en relation les producteurs (éditeurs, mais aussi libraires et bibliothécaires) et les prestataires (cette forge édito de l’adullact, mais aussi des vidéastes, des graphistes, etc.) en fonction de critères minimum – et minimes. Un rapport qui sera présenté à la SGDL le 19 octobre précisera en quoi ce que j’appelle pour l’instant la Place des métiers pourra aider à développer des emplois et des formations. Enfin c’est l’objectif. A suivre.

Constance Krebs, 29 septembre 2009.

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